C'est peu dire que, dans le paysage cathodique de la fin des années 70, The Muppet Show a fait sensation, dispensant un vent bienvenu de doux délire anarchique dans les foyers. Diffusée à partir de septembre 1976 aux Etats-Unis, et dès 1977 à la télévision française, la série créée par Jim Henson allait fédérer, 5 saisons durant, plusieurs générations de spectateurs autour d'une troupe de marionnettes en feutre et en peluche. Jusqu'à voir élevés au rang d'icônes les Kermit ( "Le Robert Redford des grenouilles", à en croire Juliet Prowse, l'invitée du 1er épisode), Fozzie l'ours, Miss Piggy, et autres Statler et Waldorf, l'impayable duo de vieillards qui, installés aux 1res loges, accompagnaient l'action de leurs sarcasmes. ...

C'est peu dire que, dans le paysage cathodique de la fin des années 70, The Muppet Show a fait sensation, dispensant un vent bienvenu de doux délire anarchique dans les foyers. Diffusée à partir de septembre 1976 aux Etats-Unis, et dès 1977 à la télévision française, la série créée par Jim Henson allait fédérer, 5 saisons durant, plusieurs générations de spectateurs autour d'une troupe de marionnettes en feutre et en peluche. Jusqu'à voir élevés au rang d'icônes les Kermit ( "Le Robert Redford des grenouilles", à en croire Juliet Prowse, l'invitée du 1er épisode), Fozzie l'ours, Miss Piggy, et autres Statler et Waldorf, l'impayable duo de vieillards qui, installés aux 1res loges, accompagnaient l'action de leurs sarcasmes. Si diverses déclinaisons hasardeuses n'avaient pas suffi à écorner le mythe, on ne s'attendait pas pour autant à voir The Frog et consorts opérer un spectaculaire retour à quelque 35 ans de distance. C'est pourtant là le propos de The Muppets, le long métrage de James Bobin, qui entreprend de raviver le culte en faisant le pari de la plus grande fidélité qui soit à la série d'origine -avec ce que cela suppose d'ailleurs comme décalages savoureux. Etat des lieux... La carrière des Muppets d'origine s'est étendue sur les seventies et le début des eighties -une ficelle scénaristique dont le film de Bobin use avec bonheur. Ainsi, notamment, lorsqu'il s'agit de choisir la vedette traditionnellement invitée du show. Retrouvant son répertoire d'adresses rotatif, Kermit commence par composer (sur son téléphone antédiluvien) le numéro de la Maison Blanche, demandant à parler au président... Carter. La grenouille abandonnera ses recherches en désespoir de cause. Vachard, le carnet d'adresses s'attarde à ce moment sur le nom de Molly Ringwald, qui connut son heure de gloire dans la 1re moitié des années 80 avec des films comme Sixteen Candles ou Pretty in Pink, avant de refuser, notamment, Pretty Woman, et le rôle qui devait faire de Julia Roberts une star... Dès le 1er épisode, le concept de l'émission s'appuie sur la présence d'une guest-star. La danseuse Juliet Prowse essuie les plâtres, gratifiant Kermit d'un baiser qui provoque les commentaires envieux de Statler et Waldorf. Lui succéderont notamment pendant la 1re saison Connie Stevens, Vincent Price, Twiggy ou Charles Aznavour; pendant les suivantes Steve Martin, Rudolf Noureev, Peter Sellers, Alice Cooper, Diana Ross, Liza Minnelli, Debbie Harry et même Johnny Cash. C'est aujourd'hui Jack Black qui s'y colle, avec son aplomb coutumier et un succès incontestable, encore que la production ait veillé à quelque peu museler la star de The School of Rock... A propos de The School of Rock, c'est sans doute Animal, le batteur allumé du Dr. Teeth's Electric Mayhem Band, qui a enregistré la mue la plus spectaculaire à la faveur (?) de ce hiatus de 35 ans. Si les camarades de Kermit ont connu des fortunes diverses -Piggy s'est retrouvée à la tête de Vogue International, là où Fozzie officiait dans un groupe de reprises miteux-, Animal, l'héritier de Keith Moon et le digne cousin de Philthy Animal Taylor, s'est pour sa part vu priver de baguettes. Le bougre tente en effet d'apaiser sa rage dans une clinique de Santa Barbara. En apparence, tout au moins: chassez le naturel, et il revient au galop... Reste le changement le plus pernicieux sans doute, celui qui veut que le ton des Muppets ait, en définitive, plus souffert des outrages du temps que les personnages. Gentiment subversif, et non moins subtilement corrosif à l'époque, le voilà qui apparaît pour ainsi dire frappé de ringardise à l'aune du cynisme d'aujourd'hui. Ce qu'a choisi d'assumer la production, qui y a puisé les arguments d'un kitsch suranné, nullement étranger à la saveur de ces Muppets revisités... lTEXTE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS