Kirikou et la sorcière, puis Azur et Asmar ont élevé Michel Ocelot au statut de maître reconnu, et populaire, du cinéma d'animation contemporain. Une reconnaissance tardive, l'artiste ayant déjà 55 ans au moment du triomphe de Kirikou! On ne sera donc pas trop étonné d'avoir vu Ocelot maintenir la ligne créative qui était la sienne auparavant, et dont les moyens supplémentaires mis à sa disposition n'ont en rien changé l'exigence. Les très beaux Contes de la nuit présentés en février au Festival de Berlin, et qui sortent ces jours-ci sur nos écrans, réaffirment par exemple son amour pour l'animation en ombres chinoises et figures découpées. Et même le traitement 3D, concession à la mode chez certains cinéastes d'animation, apparaît dans ce ca...

Kirikou et la sorcière, puis Azur et Asmar ont élevé Michel Ocelot au statut de maître reconnu, et populaire, du cinéma d'animation contemporain. Une reconnaissance tardive, l'artiste ayant déjà 55 ans au moment du triomphe de Kirikou! On ne sera donc pas trop étonné d'avoir vu Ocelot maintenir la ligne créative qui était la sienne auparavant, et dont les moyens supplémentaires mis à sa disposition n'ont en rien changé l'exigence. Les très beaux Contes de la nuit présentés en février au Festival de Berlin, et qui sortent ces jours-ci sur nos écrans, réaffirment par exemple son amour pour l'animation en ombres chinoises et figures découpées. Et même le traitement 3D, concession à la mode chez certains cinéastes d'animation, apparaît dans ce cas comme une amplification logique d'un travail incluant dès le départ (un court métrage portant le même titre et réalisé en 1992) l'illusion de profondeur dans son cahier des charges... La 3D, je connaissais pour en avoir déjà fait, littéralement, il y a 20 ans. Mes pantins de papier étaient de vrais pantins, et les décors comprenaient plusieurs couches. J'adorais toucher les pantins, ressentir le relief physiquement, sensuellement... J'ai donc saisi le dernier cri de la technique pour revenir 2 décennies en arrière. Et cela grâce à... Kirikou. Avant lui, j'étais pauvre, personne ne voulait de moi, rien de ce que j'avais fait n'avait réellement marché, j'avais connu le chômage longue durée, je me demandais parfois pourquoi je m'obstinais (rire)! Un petit bonhomme africain a tout changé pour moi. Le succès qu'il m'a donné me permet d'avoir accès à tous les outils possibles, même s'ils sont chers. Et de tout organiser autour de moi. Kirikou avait été réalisé dans 5 pays, je ne cessais de voyager de l'un à l'autre... Pour Les Contes de la nuit, j'ai fait venir tout le monde à Paris, où s'est aussi opérée la mise en 3D du film, par McGuff. Une société qui fait d'habitude de la 3D réaliste pour des blockbusters internationaux, et auquel j'ai demandé de la 3D plate (rire)... Comme je fais aujourd'hui presque tout ce que je veux (rire), je suis en effet retourné vers la simplicité extrême, et vers le court métrage ( Le Contes de la nuit en étant composé). Le court dit autre chose que le long. En en associant plusieurs, j'autorise le spectateur à être intelligent. Alors que, la plupart du temps, dans un long métrage, on ne vous laisse pas le temps de penser. Avec les courts, vous êtes avec le conteur. Vous savez que ce qui est raconté n'est pas vrai, mais que les sentiments le sont. On joue ensemble à faire comme si, et le plaisir est -je crois- plus grand que devant un film-fleuve, où on oublie qu'il s'agit d'un conte, où tout est prémâché. Le conte en court métrage, c'est un jeu auquel on ne triche jamais. Oui, et la nostalgie du vieux cinéma de quartier, de l'attente précédant le spectacle. Prendre son temps est toujours essentiel, même si l'on feint aujourd'hui de penser le contraire dans notre monde de l'immédiat, où tout le monde est pressé... Je n'ai jamais eu l'impression de m'adresser aux enfants! J'étais un artiste, travaillant pour tout le monde. Mais je faisais de l'animation, et on a gravé au fer rouge sur mon front que j'£uvrais donc pour les enfants. Au début, cela m'a rendu très mécontent. Et puis je me suis dit que cela pouvait être mon cheval de Troie (rire), que je pourrais vous rentrer dedans sans que vous vous y attendiez. Cette étiquette que je voulais arracher, maintenant, je joue avec! En effet! Mis à part peut-être l'épisode antillais, tous les contes parlent au fond de quelque chose de sérieux. Comme le massacre des femmes, qui se poursuit encore aujourd'hui, chaque jour, dans le monde. Et ces religions qui l'encouragent... Je ne peux accepter ces choses. J'aime les êtres humains, je m'adresse à tous, sans faire de distinction de genre, d'origine, ou bien évidemment d'âge. Moi-même, j'ai gardé tous mes âges en moi, comme une poupée russe (rire)! Je n'ai rien oublié... RENCONTRE LOUIS DANVERS, À BERLIN