Il n'y a pas d'art sans Histoire de l'art. Il est donc grand temps que la bande dessinée devienne un sujet de recherches universitaires à l'égal des autres. C'est sur cette base qu'est né il y a onze ans à l'Université de Liège le collectif ACME, regroupant des spécialistes BD mais aussi des chercheurs venus de la littérature, de la linguistique, de la philosophie, de l'Histoire de l'édition et, donc, de l'Histoire de l'art. Après une première publication consacrée à la maison d'édition L'Association, ACME s'est cette fois penché sur un des acteurs les plus connus, et belge, de la BD mainstream, à savoir Spirou, né en 1938 sous le crayon de Rob-Vel, mais qui a, en 80 ans, endossé de multiples identités hétérogènes. Contrairement à d'autres séries telles Astérix, Lucky Luke ou Les Schtroumpfs, qui ont gardé leur homogénéité graphique depuis leur création, Spirou se distingue par le nombre d'auteurs aux graphismes extrêmement variés qui se sont succédé à sa tête. Appartenant non pas à un auteur mais à une maison d'édition et bénéficiant d'une " plasticité relative", le personnage se rapproche dès lors davantage du comics que de la BD franco-belge traditionnelle -faisant de lui " un objet particulier digne d'attention scientifique". Une quinzaine d'auteurs se relaient ici pour démontrer la thèse. Et si on peut parfois regretter l'usage d'un vocabulaire inutilement complexe ou l'absence de témoignages directs, on ne peut que saluer l'initiative. L'Histoire de la BD est encore trop souvent racontée par ceux qui la font, en remplaçant parfois la rigueur scientifique par du storytelling de circonstance. Pas de ça ici.

Ouvrage collectif sous la direction de Gert Meesters, Frédéric Paques et David Vrydaghs, éditions PUL/Collection ACME, 204 pages.

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