DE PATRICK DEWITT, ÉDITIONS ACTES SUD, TRADUIT DE L'ANGLAIS (USA) PAR EMMANUELLE ET PHILIPPE ARONSON, 368 PAGES.
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DE PATRICK DEWITT, ÉDITIONS ACTES SUD, TRADUIT DE L'ANGLAIS (USA) PAR EMMANUELLE ET PHILIPPE ARONSON, 368 PAGES. Oregon City, 1851. La triste réputation de Charlie et Eli Sisters les précède dans tout l'Ouest américain. Hommes de main du Commodore affichant une naturelle " aptitude à tuer", les deux frères sont en route pour la Californie, mis sur les traces d'un chercheur d'or. Le roman est l'histoire de leur chevauchée infernale à travers les collines poussiéreuses, les rives de sable et les nuits à la belle étoile. Parqué en pleine Ruée vers l'or, il est d'abord pour Patrick deWitt, écrivain canadien dont c'est le deuxième roman, l'occasion d'une fabuleuse galerie de portraits, Charlie et Eli croisant sur la route tout ce que l'Ouest compte d'orpailleurs à la mine patibulaire, de trappeurs solitaires, de visionnaires alcooliques et de prostituées: " Les héros ou les purs méchants m'ennuient, confie-t-il alors qu'on le rencontre à Paris, consumant calmement clope sur clope sur un banc un peu en retrait de l'agitation du festival America auquel il était récemment invité. J'aime l'entre-deux, l'imperfection. Les gens que je côtoie ont toujours eu des vies un peu dépravées, mes amis sont tous des menteurs ou des drogués. Ce sont des gens fascinants à fréquenter, et c'est avec eux que j'ai eu envie de passer du temps dans mon livre." L'univers des frères S£urs est un monde où l'on règle son whisky en paillettes d'or dans les saloons. Un monde où on découvre à peine l'usage de la brosse à dents mais où on affiche des crosses de revolvers étincelantes -sait-on jamais. Pour autant, deWitt ne se contente pas de convoquer un ensemble de clichés, l'homme étant d'ailleurs assez peu porté sur le récit de genre. " Je ne sais rien des westerns, je dois en avoir lu deux en tout et pour tout dans ma vie, dont le True Grit de Charles Portis, un de mes auteurs cultes. Mais c'est amusant d'écrire un livre sur un genre dont on ne sait rien. J'aimais l'idée d'explorer les choses, de subvertir les clichés et de remplir les blancs avec ma propre personnalité." Ces couches obscures et marginales des bas-fonds, cette violence aveugle et systématique, Patrick deWitt a le génie de les désamorcer par l'amour-haine que se portent les deux cowboys -s'ils partagent bien le même sang, les brothers n'ont pas exactement le même sens de la gâchette, Eli, âme mélancolique et délicate, traversant une véritable crise de la vocation face à Charlie, boucher efficace et sans remords. Mais également par cette sorte d'élégance imperturbable, très old school, qui entoure la killing team. Une classe emmenée par leurs savoureux dialogues, traversés d'humour noir et d'un sens de la répartie glacé qui balaie un temps l'empilement de cadavres au sol. " J'ai grandi dans un univers assez violent, la fin des années 80 en Californie. Tous les concerts de punk où j'allais dégénéraient systématiquement. J'ai moi-même été drogué pendant des années, c'est un des actes les plus violents qu'on peut s'infliger. Par nature, je suis porté vers des pensées désagréables, malsaines, je suis plus heureux quand j'essaie de les éviter mais ça ressort assez logiquement dans mes fictions. C'est fascinant d'utiliser cette sauvagerie, mais je n'y prends aucun plaisir." Très visuel et hyper cinématographique, rythmé sur une succession de chapitres courts, Les Frères Sisters est une vraie bonne histoire à mi-chemin entre la géniale série Deadwood pour le format feuilleton et le cinéma des frères Coen pour la peinture de losers magnifiques. Patrick deWitt vient d'en céder les droits d'adaptation à l'acteur américain John C. Reilly ( Magnolia), qui a d'ores et déjà mis une option sur le rôle du cowboy sensible Eli. Comme on le comprend. l YSALINE PARISIS, À PARIS.