C'est comme s'ils s'étaient tous passé le mot. Alors que les dieux du ballon rond se sont donné rendez-vous en Russie, ceux du hip-hop semblent avoir décidé de squatter l'actualité musicale du mois de juin. C'est un véritable défilé: après les sorties de Kanye West (les siennes, et celles qu'il a produites pour d'autres, comme Pusha T ou Nas), avant celle tout aussi attendue de Drake ( Scorpion, annoncé le 29 juin), ce sont carrément Beyoncé et son mari Jay-Z qui créent la sensation en sortant Everything Is Love.
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C'est comme s'ils s'étaient tous passé le mot. Alors que les dieux du ballon rond se sont donné rendez-vous en Russie, ceux du hip-hop semblent avoir décidé de squatter l'actualité musicale du mois de juin. C'est un véritable défilé: après les sorties de Kanye West (les siennes, et celles qu'il a produites pour d'autres, comme Pusha T ou Nas), avant celle tout aussi attendue de Drake ( Scorpion, annoncé le 29 juin), ce sont carrément Beyoncé et son mari Jay-Z qui créent la sensation en sortant Everything Is Love. L'album est arrivé sans prévenir. C'est lors du second concert londonien de leur actuelle tournée commune, On The Run II, que le couple royal a annoncé l'heureux événement. Se coucher un samedi soir, et se réveiller le lendemain matin avec un nouveau disque du duo le plus puissant du show-business: la tactique a beau avoir été éprouvée, elle continue de frapper les imaginations. Si sa sortie reste une surprise totale, le disque était cependant pressenti depuis un moment. Il est en quelque sorte le troisième volet de la thérapie de couple entamée par les Carter. En 2016, entre deux appels à la fierté afro-américaine, Lemonade voyait Beyoncé évoquer les infidélités de son mari. Lequel faisait acte de contrition sur 4:44, publié l'an dernier. Everything Is Love sonne dès lors comme le disque de la réconciliation et de l'unité retrouvée -quitte à relancer les spéculations des plus cyniques qui, depuis le début, n'ont vu dans la scène de ménage qu'un énorme coup marketing. À vrai dire, Beyoncé et Jay-Z ont toujours aimé partager le podium. C'est même comme ça que l'idylle a commencé, avec le morceau 03 Bonnie & Clyde. À l'époque, le rappeur donnait le ton. Aujourd'hui, les rôles se sont un peu inversés. C'est frappant sur Everything Is Love: si Jay-Z ne reste jamais longtemps en retrait, Beyoncé est bien le moteur du disque, se permettant même de glisser sur le terrain de son mari, en prenant à son compte des parties rappées. On peut évidemment douter de l'intérêt de suivre en direct les roucoulements d'un couple de milliardaires qui a retrouvé le feu. Les intéressés en sont certainement les premiers conscients. Après le r'n'b old school de Summertime (les musiciens de Daptone à la baguette), le banger trap Apeshit (avec Migos et Pharrell Williams ) est autant une célébration du duo -sa gloire, ses succès- qu'une nouvelle affirmation afro -voir le clip tourné parmi les chefs-d'oeuvre du Louvre. Plus loin, sur 713 et son beat à la J Dilla, Beyoncé reprend le gimmick de Still, classique de Dr Dre et Snoop, pour rappeler que, même en croulant sous les marques de luxe, le binôme n'oublie pas d'où il vient. La tactique est connue: vanter sa réussite pour mieux célébrer celle de sa communauté (" My great-great-grandchildren already rich/That's a lot of brown chil'ren on your Forbes list", rappe Beyoncé sur Boss). Dans le genre, l'un et l'autre ont déjà livré des résultats plus tranchants et novateurs. Plus classique, Love Is Everything n'en reste pas moins aussi crédible qu'efficace.