En mars 1871 à Paris, le peuple s'apprête à prendre un nouveau cap: celui d'une belle et grande révolution, bâtie non sur la violence mais sur les élections. L'armée a pris parti pour les Parisiens. On s'organise pour le scrutin de mai qui élira le conseil de la Commune. Révolutionnaires et conservateurs vont voter en masse. Les premiers " pour que cela change", les seconds " pour que rien ne change". Avant cela, la bourgeoisie parisienne manifeste lors d'une marche tragique durant laquelle quinze manifestants restent sur le carreau, tués par les francs-tireurs. Le petit peuple par contre est encore rempli d'espoir. Mais il ignore que dans 72 jours tout sera fini pour lui. L'armée de Versailles où s'est retranché le gouvernement rentrera dans Paris, massacrera, arrêtera, condamnera, fusillera, emprisonnera, déportera, exilera... effacera. Ne subsistera qu'à peine l'espoir. Raphaël Meyssan, diplômé de Science Po, graphiste à ses heures et passionné d'Histoire, enfonce le clou. Il a ressorti sa paire de ciseaux et sa colle virtuelles pour nous concocter la suite des aventures de la Commune de Paris. À travers gravures et publications illustrées de l'époque, nous suivons Charles Hippolyte Lavalette, signataire de plusieurs affiches durant le soulèvement populaire. L'auteur convoque également d'autres acteurs, journalistes ou participants ayant tenu un journal, à l'instar de Victorine, simple citoyenne au destin tragique. Cette dernière a perdu un enfant mais, estimant qu'il y a toujours plus malheureux que soi, elle reçoit l'autorisation d'organiser une soupe populaire pour les plus démunis. Par l'entremise de ces témoignages, Meyssam donne chair à un récit qui pourrait sembler figé et austère d'un premier abord. Comme il est aussi un raconteur d'histoires, c'est non seulement bien fichu, fluide et graphiquement intéressant mais également passionnant.

De Raphaël Meyssan, éditions Delcourt, 144 pages.

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