Roland
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Roland "A Tune For You" "One Step At a Time" DISTRIBUÉS PAR STARMAN RECORDS. 7 Le label anversois Starman Records continue son intéressant travail de réédition des anciens Belges: après Ferré Grignard, Tjens & Couter, voilà un autre préhistorique en la personne de Roland Van Campenhout, né à Boom le 7 juin 1945. Il est surtout connu pour sa pratique du blues rauque, parfois en compagnie d'Arno -Charles & les Lulus- et généralement aussi hirsute que les vignettes primitivesde Robert Crumb. Ajoutez-y un CV éclectique qui a notamment hébergé le grand Rory Gallagher et un pedigree sauvage -quand trop saoul sur scène, il tombe dans le public- et vous avez un beau prototype de flamand rose. Comme tout le monde, Roland a été jeune: la preuve via ces deux albums datés de 1971 et 1972 soigneusement réédités donc. Dans le premier surtout, A Tune For You, on capte l'essence des sixties qui viennent de s'éteindre en révélant Donovan ou Leo Kottke. Ceux-ci résonnent dans le disque et son halo de dream folk, charmant malgré la sonorité étouffée des percus, dissipée par la six cordes et les pipeaux rêveurs (Flute Thing).Le tout trimballe des coups de country, de finger-picking et même de psyché, senteurs d'Orient parfumant l'évocation d'une lointaine guerre du Vietnam (Suite For The Lost Peace). Le truc fleuri perdure sur le second album One Step At a Time, paru une année plus tard: la version 2016 y ajoute deux bonus blues enregistrés live à Anderlecht en 1970. Le son global est un partage harmonieux entre les moments acoustiques et les assauts relatifs de l'électricité: ainsi l'orgue Hammond, ce vieux caresseur, vient enrober plus d'une chanson de ses notes grasses et chaudes. Comme dans la reprise d'un titre paru en 1966 (Don't Make Promises)de Tim Hardin, auteur qui deviendra célèbre via Rod Stewart et Reason To Believe. L'impression de l'affaire est que le CBS (dont Starman Records conserve ici l'original logo seventies), signataire de la carrière de Roland pour deux disques, rêve de faire du Belge un singer-songwriter international à la Tony Joe White, d'ailleurs évoqué dans Swamp Rise. Cela amène le Flamand de 27 ans à l'époque à tâter des terrains éclectiques, de la réinterprétation d'un traditionnel des Appalaches façon Simon & Garfunkel (Cripple Creek)à un rhythm'n'blues rendu fameux par Fats Domino au début des années 60 (It Keeps Rainin').On s'y perd un peu dans les intentions, mais un élément reste constant: la prise de son analogique remastérisée 45 ans plus tard raconte une toute autre façon de réaliser des disques. Ce qui compte pas mal dans la perception positive de l'ensemble. AVEC LE CHRISTIAN SCOTT BAND LE 8 MAI AU BOTANIQUE, BRUXELLES, LE 10 MAI AU FESTIVAL JAZZ À LIÈGE. PHILIPPE CORNET