Un magicien de la lumière. De tous les directeurs de la photographie français, Henri Alekan était peut-être le plus grand, sans nul doute le plus inventif. De La Belle et la Bête (pour Cocteau) en 1946 aux Ailes du désir (pour Wenders) en 1987, cet homme de gauche, interdit professionnel durant l'occupation allemande pour ses origines juives, n'a ...

Un magicien de la lumière. De tous les directeurs de la photographie français, Henri Alekan était peut-être le plus grand, sans nul doute le plus inventif. De La Belle et la Bête (pour Cocteau) en 1946 aux Ailes du désir (pour Wenders) en 1987, cet homme de gauche, interdit professionnel durant l'occupation allemande pour ses origines juives, n'a cessé de défendre une conception très créative de son métier. Il nous le répétait encore lors d'une visite chez lui, non loin du Parc des Princes, au sud-ouest de Paris, dans les années 90: " Il est vain de chercher à reproduire la lumière " vraie ", celle du soleil, qui est inimitable." Rejetant le naturalisme, il était en quête d'une " forme de lumière chevillée au sujet, pouvant parfois devenir le sujet lui-même, une lumière non pas réaliste mais réinventée, ouvrant sur un imaginaire". En 1999, deux ans avant sa mort, Alekan publiait Le Vécu et l'Imaginaire, sous-titré " chroniques d'un homme d'image". Dans cet ouvrage réédité aujourd'hui, il raconte son parcours de technicien et d'artiste. Il le fait de manière chronologique, avec un sens du détail doublé d'un constant souci de mise en perspective (cinématographique mais aussi sociale, lui qui fut un syndicaliste des plus actifs). Pleine de souvenirs significatifs et d'anecdotes révélatrices, c'est une lecture passionnante pour tout cinéphile, même non muni à la base de connaissances précises du métier. Pour prolonger le plaisir, on notera qu'à l'automne 2020, La Table Ronde rééditera Des lumières et des ombres, autre livre d'Alekan initialement paru en 1984, plus théorique et devenu lecture de référence de nombreux directeurs de la photographie dans le monde entier.