Nicolas Wieërs, organisateur: " Balkan Trafik! devait être à l'origine un documentaire! En 2003, lors d'un de mes voyages au Kosovo en tant que réalisateur, j'ai rencontré des étudiants de l'université de Pristina. Le décor de leur ville et de leur pays, encore marqué par les stigmates de la guerre et de la reconstruction, ne leur ressemblait pas... Le filtre médiatique véhiculant sans arrêt, le message Balkans = guerre, pillage, viol et meurtre, je m'attendais à voir une autre réalité! Ce repérage sur le terrain m'a aussi fait découvrir leur musique traditionnelle, vivante et présente partout dans la vie quotidienne, un condensé de métissage culturel, une rencontre entre Orient et Occident. De retour en Belgique, j'ai pensé que je devais produire plus qu'un documentaire " one shot ". Mon idée a été de "transformer le concept de poudrière des Balkans en poudrière culturelle "." Sept ans plus tard, Balkan Trafik! est un succès: cette édition portée à 4 jours -avec un Balkan Docs Day- propose un mélange unique entre " musique de mariage de Macédoine, cinéma des Balkans, chant soufi bosniaque et sépharade de Serbie, rebetiko grec, c...

Nicolas Wieërs, organisateur: " Balkan Trafik! devait être à l'origine un documentaire! En 2003, lors d'un de mes voyages au Kosovo en tant que réalisateur, j'ai rencontré des étudiants de l'université de Pristina. Le décor de leur ville et de leur pays, encore marqué par les stigmates de la guerre et de la reconstruction, ne leur ressemblait pas... Le filtre médiatique véhiculant sans arrêt, le message Balkans = guerre, pillage, viol et meurtre, je m'attendais à voir une autre réalité! Ce repérage sur le terrain m'a aussi fait découvrir leur musique traditionnelle, vivante et présente partout dans la vie quotidienne, un condensé de métissage culturel, une rencontre entre Orient et Occident. De retour en Belgique, j'ai pensé que je devais produire plus qu'un documentaire " one shot ". Mon idée a été de "transformer le concept de poudrière des Balkans en poudrière culturelle "." Sept ans plus tard, Balkan Trafik! est un succès: cette édition portée à 4 jours -avec un Balkan Docs Day- propose un mélange unique entre " musique de mariage de Macédoine, cinéma des Balkans, chant soufi bosniaque et sépharade de Serbie, rebetiko grec, clarinettes virtuoses en provenance d'Albanie, fanfares serbes et DJ sets". Sélection Balkan Focus parmi les 19 rendez-vous. S. Vamvakaris est le fils de Markos Vamvakaris, légende absolue du rebetiko, ce blues héllénique né dans la souffrance, mis en mémoire par l'exil des Grecs d'Orient au début du XXe. On ne pige évidemment pas une ligne de ces contes maudits et enfumés qui dissèquent l'amour et la vindicte nés de l'injustice, mais bon, pas moins qu'à l'écoute de Robert Johnson quand on a 15 ans. Vamvakaris a d'ailleurs collaboré avec des pointures bleues, genre John Lee Hooker ou Louisiana Red. 8 avril, 22 heures, Salle Henry Le Boeuf Autour du DJ "résident" du festival, Gaetano Fabri, s'annonce un grand happening mêlant beats électros et musique organique. Le Belge popularisant les musiques tzigane, klezmer et russe -toutes cousines- va travailler en live avec une série de guests tels que le chanteur du groupe serbe KAL, les roumains tziganes du Mahala Rai Banda et la "Reine des gitans", Esma Redzepova en personne... 10 avril, 1 heure du matin, Hall Horta Autre DJ set à ne pas rater, celui du germano-croate DJ Robert Soko dont les compilations Balkan Beats ont popularisé le genre depuis 5 ou 6 ans... 9 avril, 2H30 du matin, Hall Horta Cinéaste de l'âme ROM, lui-même d'origine tzigane et kabyle, né en Algérie et arrivé en France en 1960, Gatlif peut parfois irriter par ses torrents de sentiments mis sans ambage à l'écran. Mais dans son nouveau Liberté, il aborde un point important de l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, peu ou pas visité au cinéma: la déportation et l'extermination des Tziganes par la machine de guerre allemande... 8 avril, 18 heures, Salle Henry Le Boeuf Ce clarinettiste de légende pratique le miroloi, " un chant de lamentation souvent repris de manière instrumentale qui vient de la Grèce antique", dixit le communiqué de presse. A l'écoute, cette musique fascinante et bizarroïde évoque une sorte de "Mur du son balkanique", possible équivalent est-européen des torrents organiques à la Silver Mt Zion. C'est fou ce qu'un luth, un tambourin bulgare, des clarinettes et des voix de femmes, peuvent produire comme effet sonique... 10 avril, 20H30, Salle M On a baptisé leur tendance Rock'n'roma: comme son titre l'indique, il s'agit de la rencontre de sons balkaniques traditionnels avec des urban beats. Formé en 1996 par les frères Ristic, cet ensemble traque une forme de modernité qui s'exprime dans des rythmes pétaradants, des phrases en anglais de cuisine (et même un titre en français, Pour enfants et personnes sensibles) et une façon électrique de faire bouillir la tête de mouton à ras la casserole. Ce n'est qu'une image bien sûr. 9 avril, 1 heure du matin, Hall Horta Dans un documentaire consacré à ce groupe rassemblant une vingtaine de musiciens de 5 pays des Balkans, on voit le gérant (?) d'un hôtel visiblement anglais faire une entrée dans le lobby et demander à la bande sonore de cesser toute activité dans l'instant. La musique empêchant visiblement le bon sommeil de l'hôtel. Aussitôt que le clampin a quitté les lieux, la bande reprend le thème du morceau là où il avait été interrompu. Un concert, même improvisé, ne saurait être ainsi brutalisé. Même chez les Britons. Avec l'extraordinaire chanteuse macédonienne Esma Redzepova... 10 avril, minuit, Salle Henry Le Boeuf Baptisée L'Edith Piaf roumaine, cette chanteuse aux tons élégants d'avant-guerre -la seconde- s'est souvenue que du temps de Ceaucescu, le tango était considéré comme "décadent". Une fois tombé l'infect régime dictatorial, Oana Catalina Chitu s'est empressée de raviver ces mélodies tressées de mélancolie. Mais loin d'être puriste, Oana conjugue les bordées d'accordéon avec des refrains typiquement balkaniques, poussant même la voix jusqu'à un jazz habité. 8 avril, 21H15, Salle Henry Le Boeuf Voilà l'un des plus brillants ensembles du festival. Le superlatif vise aussi le violon, tenu par Tcha Limberger, musicien d'origine belge, qui ne s'est jamais vraiment remis de son séjour chez le maître hongrois Horvat Bela. Accompagné du Budapest Gypsy Orchestra, Limberger conduit des quasi symphonies tziganes qui doivent aussi une part de leur musicalité au jazz de Django. Tout cela plane et rêve comme on l'entend rarement dans nos régions. Vive l'amitié belgo-magyare. 9 avril, 20H30, Salle M Balkan Trafik! du 8 au 11 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, avec le dimanche 11 avril, une journée spécial cinéma, le Balkan Docs Day. La Cinematek voisine propose 3 journées de cinéma balkanique les 9, 10 et 11 avril. En plus des concerts, des projections, le festival offre aussi des animations, un Rembetiko Café, un bar à vins etc, www.bozar.be et www.balkantrafik.com Texte Philippe Cornet