La Mondaine (tome 1)
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La Mondaine (tome 1) DE JORDI LAFEBRE ET ZIDROU, ÉDITIONS DARGAUD, 64 PAGES. 7 Rosko (tome 1) DE KISPREDILOV ET ZIDROU, ÉDITIONS DELCOURT, 96 PAGES. 9 Les apparences, parfois, sont trompeuses: les librairies belges de bon goût ont presque toutes offert ces derniers jours leur devanture à La Mondaine, premier volet d'un nouveau diptyque publié par l'auteur du Client, de La Peau de l'ours ou des Folies Bergère chez Dargaud. Zidrou confiant à l'Espagnol Jordi Lafebre, déjà son complice sur Lydie, le soin de mettre en dessin la gouaille et la morve des flics parisiens à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, et le parcours initiatique d'un jeune blanc-bec entre bordels, abus de pouvoir et Quai des Orfèvres. Plaisant, joliment dessiné et- comme toujours chez Zidrou, même lorsqu'il écrit pour les enfants-, avec un fond de provocation et de perversité qui frôle parfois le malsain... Mais ce n'est pourtant pas là, sans doute, qu'il faut chercher le Zidrou du mois: au même moment sort chez Delcourt, dans leur format "comics" -plus de pages, plus petites-, Rosko, un thriller d'anticipation prévu en trois tomes, dessiné par un quasi inconnu. Et franchement épatant. L'intro est un flash-back: Rosko le flic arrête Per Svenson "Le Rédempteur", un tueur en série, avant qu'il n'abatte sa 93e victime, une petite fille de sept ans. "J'aurais dû le tuer." Mais six ans plus tard, c'est la vox populi qui va décider de son sort, et de son exécution: combustion, bain d'acide ou dénucléarisation? Une exécution spectaculaire évidemment retransmise sur Pimento TV, le bras média d'un énorme consortium allant des chaînes de pizzeria à P. Pol, "l'entreprise privée de sécurité publique" qui a remplacé la police dans les rues de la ville. Mais rien ne vaut une bonne évasion en direct, soi-disant sous contrôle, pour faire baver les masses et affoler les annonceurs... Une tentative de buzz qui va évidemment tourner au fiasco, et au retour du Rédempteur. Cette fois, Zidrou se lâche: flics homos et violeurs, meurtres d'enfants, stupidité des masses, cynisme des décideurs, cauchemar d'une société des loisirs ultra-libérale et sans repères moraux... Dans ce futur proche où chacun vendrait sa mère pour obtenir sa "carte d'identité professionnelle", le scénariste de L'Elève Ducobu tire à vue et revisite nos classiques du genre, de SOS Bonheur au Prix du Danger. Mais surtout, il a choisi le partenaire idéal, avec le jeune Français Alexeï Kispredilov. Son dessin faussement simple et rapide, presque jeté, et ses cadrages de ciné de genre se révèlent en réalité en parfaite symbiose avec le rythme, la tension et l'action injectés dans ce récit féroce et habilement découpé. Vivement la suite. OLIVIER VAN VAERENBERGH