À la base de cette manifestation qui vaut sérieusement le détour, on trouve la plasticienne Myriam Louyest, dont les oeuvres sont toujours imaginées en fonction des endroits où elle les implante. Vitaminée à l'enthousiasme, elle explique: " Cela faisait un moment que je lorgnais le parc d'Enghien en raison de son incroyable patrimoine, de son potentiel. Ses 182 hectares et les différents édifices qui le ponctuent sont autant de prétextes à des oeuvres in situ. C'était inimaginable de l'investir seule. En 2016, j'y ai réuni une série d'artistes sous le signe de la débrouille. Le résultat a dépassé tout ce que j'imaginais:...

À la base de cette manifestation qui vaut sérieusement le détour, on trouve la plasticienne Myriam Louyest, dont les oeuvres sont toujours imaginées en fonction des endroits où elle les implante. Vitaminée à l'enthousiasme, elle explique: " Cela faisait un moment que je lorgnais le parc d'Enghien en raison de son incroyable patrimoine, de son potentiel. Ses 182 hectares et les différents édifices qui le ponctuent sont autant de prétextes à des oeuvres in situ. C'était inimaginable de l'investir seule. En 2016, j'y ai réuni une série d'artistes sous le signe de la débrouille. Le résultat a dépassé tout ce que j'imaginais: 2 500 visiteurs en dix jours. Il fallait remettre le couvert dans un esprit qui soit similaire, à savoir celui d'un événement axé autour d'un art contemporain qui reste accessible. Il est important que quelque chose se passe au niveau du regard du spectateur. " Pour concocter la programmation 2018, l'intéressée décide de passer par un témoin aussi évanescent qu'exigeant de la création plastique actuelle, le professeur et collectionneur d'art Christophe Veys, dont on a pu mesurer toute la délicatesse lors de l'exposition Private Choices à la Centrale. Le duo a noué un parcours qui fait sens tout autant qu'il séduit l'oeil. On a pu en prendre la mesure alors qu'il n'était pas entièrement monté. Même imparfaitement scénographié et mis en lumière, ce que l'on a vu séduit par sa totale pertinence. C'est l'idée de paysage qui assure la cohérence de la biennale. On le sait depuis Jean Dubuffet: " Tout est paysage". Le risque était donc celui d'un parcours fourre-tout, d'une thématique prétexte. Il n'en est rien. Chaque plasticien dialogue avec un édifice du parc. Ce que l'on retient? Certainement Griet Dobbels, qui présente On the Beach dans l'époustouflant Pavillon chinois. L'oeuvre consiste en une sculpture composée de papier Steinbach et de colle. Celle-ci compose un paysage montagneux totalement fascinant au milieu duquel se trouve une sorte de " trou sans fond", selon le terme de l'intéressée. Utopie et dystopie sont totalement liées au sein de cette oeuvre ayant nécessité un assemblage digne d'un moine bénédictin. Bien sûr, le résultat interroge la question de la "valeur", qui ne serait pas la même si la pièce avait été réalisée par une machine. Un point que le spectateur lambda ignore. Au rayon des interventions remarquables, on pointe aussi le travail de Frederic Fourdinier. Le Français investit le sous-sol des Écuries à la faveur d'une cartographie qui mêle territoire proche -celui dont l'homme est la mesure- et territoire lointain -celui du "multivers", cette idée d'une infinité de mondes. Enfin, le Liégeois Pierre Gerard signe une magnétique installation à base de 250 lattes de bois. Cette sculpture-partition comme en lévitation crée un choc visuel, un mikado kubrickien étourdissant. Celui-ci se dresse du côté du Pavillon des Sept Étoiles, une construction baroque qui livre une photographie du ciel tel que l'on se le représentait en 1650.