"Je ne sais pas très bien pourquoi, alors qu'il a parfois la réputation d'être difficile, Joachim Lafosse a toujours été extrêmement sympathique avec moi. Peut-être parce qu'à ses débuts, il était curieux de voir comment fonctionne une salle de cinéma: je me suis nourri de ce désir comme des dialogues entre les cinéastes et leur public, de l'émotion des spectateurs, des lectures des Cahiers, Serge Daney ou Bazin, pour en faire mon métier." Dany Habran (1955) parle rapidement comme si trop de pensées assaillaient en permanence son mode cinéma. Lafosse est passé par là: "Depuis Folie privée, en 20...

"Je ne sais pas très bien pourquoi, alors qu'il a parfois la réputation d'être difficile, Joachim Lafosse a toujours été extrêmement sympathique avec moi. Peut-être parce qu'à ses débuts, il était curieux de voir comment fonctionne une salle de cinéma: je me suis nourri de ce désir comme des dialogues entre les cinéastes et leur public, de l'émotion des spectateurs, des lectures des Cahiers, Serge Daney ou Bazin, pour en faire mon métier." Dany Habran (1955) parle rapidement comme si trop de pensées assaillaient en permanence son mode cinéma. Lafosse est passé par là: "Depuis Folie privée, en 2004, je montre ses longs métrages, où il réalise un travail de mise en scène exceptionnel, sur des thématiques qui partent souvent d'un fait divers et gagnent une résonance universelle. Comme dans Les Chevaliers blancs (2014) qui, d'une tentative de kidnapping d'enfants en Afrique, questionne le colonialisme et notre rapport à ce continent." Fils d'un ouvrier de Cockerill homonyme du braqueur Marcel Habran, "qui n'a rien à voir avec mon père", Dany commence à bosser en 1979 aux Grignoux, ASBL "très orientée à gauche". Le diplômé en philologie romane y gère pendant deux ans le service de documentation "conscientisé et éducatif", via des analyses politiques récupérées dans Le Monde ou Libé. Le cinéma y débarque initialement via Le Chant du rossignol, premier documentaire des Dardenne: "On s'est rendu compte que sur Liège, il y avait un manque: même les Palmes d'or n'arrivaient pas forcément en ville." Programmateur des Grignoux depuis 1982, Habran participe pleinement à la militante aventure, conscient que "le cinéma est un outil de pensée" qui englobe fictions, kids movies, docs, courts, moyens, longs et expérimentaux. Les trois cinémas acquis sur une période de 30 ans -Le Parc, Le Churchill et Le Sauvenière- combinent aujourd'hui huit salles qui drainent chaque année 450 000 spectateurs et emploient 115 personnes, temps partiels inclus. Succès dont la philosophie financière est que Les Grignoux, toujours sans but lucratif, contribuent au budget à hauteur de 70 %. A 30 % lors de la construction du Sauvenière, inauguré en 2008, pour 10 millions d'euros: "On y a mis 3 millions, comme l'Europe et la Fédération Wallonie-Bruxelles, 1 pour la Ville de Liège: le bâtiment appartient à la Fédération, on le gère." Des partenariats fonctionnels, comme pour le prochain Caméo de Namur ouvert le 9 mars prochain, mais sans jamais occulter la "mission première d'art et d'essai". Si Les Grignoux présentent à l'occasion du blockbuster -"la seule VO à Liège du dernier Star Wars"- c'est tout en programmant du belge, 50 à 60 films à l'année, ou en repêchant parfois dans les eaux sauvages de la distribution internationale un long négligé comme Voyage en Chine avec Yolande Moreau, "qui a fait près de 20 000 entrées cet été." Montrant donc de préférence un cinéma "où le talent, face aux grosses usines, est de conserver un grain auteuriste doté d'une forte personnalité." WWW.GRIGNOUX.BE PH.C.