Retrouver Jack Bauer après quelques mois d'absence, ça fait toujours la même chose. Avant de lancer l'épisode inaugural: "Vais-je vraiment m'embarquer dans une énième saison de 24 heures chrono , qui recyclera une fois encore les recettes des précédentes, et verra comme toujours son héros triompher des méchants terroristes sur le fil." Pendant que l'épisode court sur l'écran: " Il est quand même fort, ce Jack." Après l'épisode : "Il m'en faut un autre. Je ne peux ...

Retrouver Jack Bauer après quelques mois d'absence, ça fait toujours la même chose. Avant de lancer l'épisode inaugural: "Vais-je vraiment m'embarquer dans une énième saison de 24 heures chrono , qui recyclera une fois encore les recettes des précédentes, et verra comme toujours son héros triompher des méchants terroristes sur le fil." Pendant que l'épisode court sur l'écran: " Il est quand même fort, ce Jack." Après l'épisode : "Il m'en faut un autre. Je ne peux décemment ni dormir, ni survivre sans connaître la suite." Le début de la 8e saison, amorcée à la mi-janvier sur la Fox, ne déroge pas à ces règles. C'est difficilement croyable: alors qu'il est de notoriété publique que l'agent antiterroriste Bauer est invincible et immortel (ses producteurs ont d'ailleurs confirmé récemment qu'ils ne le tueraient pas à l'issue de la saison en cours), ses fans se laissent inlassablement piéger par le suspense de ses aventures. C'est que, quand une histoire est racontée avec brio, peu importe finalement le propos, pourvu qu'on ait l'ivresse. Et c'est bien d'ivresse qu'il s'agit avec 24 heures chrono. Un feuilleton qui provoque une forte accoutumance, à force d'injecter de l'adrénaline pure dans les veines de son public, avec ses cliffhangers hallucinants et ses bastons musclées. Mais si la série continue à scotcher les téléspectateurs malgré une foule d'invraisemblances et un récit pas toujours très finaud, c'est aussi grâce à son héros. Le dernier de sa race: celle des gagnants. Celle des gros durs, qui se font cogner sans compter. Des bosseurs, qui font passer leur vie privée en dernier. Des malins, qui parviennent à se dépêtrer de toutes les situations. Des gentils: dont le c£ur saigne un peu, en silence, à chaque fois qu'ils ont dû presser la gâchette. Dont les fêlures renforcent la détermination à faire le bien. Or, le temps est aux antihéros, aux personnages asociaux, pervers, moches, volages, fauchés, losers. L'époque porte aux nues les Vic Mackey, Dexter Morgan et Hank Moody de ce monde. Pas tant pour ce qu'ils ont de détestable que pour leur complexité, les facettes multiples de leurs personnalités qui impriment aux récits une trajectoire sinueuse, pleine de surprises et de chausse-trappes. Des figures particulièrement prisées par les chaînes à péage (rapidement suivies par les autres), désirant se démarquer de ce que faisaient jadis les gros réseaux familiaux. Aujourd'hui, c'est son classicisme qui rend finalement Jack Bauer tellement original. Un héros old school, tellement peu à la mode qu'il les traverse depuis près de 10 ans, les modes, avec l'aisance d'une balle de révolver vrillant la chair d'un poseur de bombe. DE myriam leroy