C'est l'une des images fortes de la série Mad Men: l'ombre de Don Draper qui n'en finit pas de tomber dans le vide. Le lien avec l'existence du publicitaire alcoolisé est évident car sa vie n'est qu'une longue déchéance. Ce thème fascinant de la chute est également au coeur du travail de Simon Outers. Dans ses oeuvres, nombreux sont les êtres qui choient. Le Bruxellois l'aborde à travers des gravur...

C'est l'une des images fortes de la série Mad Men: l'ombre de Don Draper qui n'en finit pas de tomber dans le vide. Le lien avec l'existence du publicitaire alcoolisé est évident car sa vie n'est qu'une longue déchéance. Ce thème fascinant de la chute est également au coeur du travail de Simon Outers. Dans ses oeuvres, nombreux sont les êtres qui choient. Le Bruxellois l'aborde à travers des gravures assez irrésistibles. Celles, toutes originales, présentées au Salon d'Art témoignent d'un art consommé de la composition. Parfois on pense à des miniatures en raison de la propension aux détails. Ajout, gaufrage, collage, strates, dessin d'enfant... Le résultat est jubilatoire. Prenons par exemple Chance, portrait de 49 par 49 centimètres. Un buste se découpe qui surgit de la droite, une jolie façon d'éviter l'usante frontalité. Aux traits s'ajoutent de malicieuses cartes à jouer qui ironisent sur les petits malheurs de l'existence. "Votre popularité diminue, votre salaire annuel baisse de moitié", peut-on lire en s'appliquant. On goûte jusqu'à la lie ce persiflage mordant, pas dupe de l'art de la guerre économique savamment cultivé par notre société. Mais au-delà de ces sortes de notes de bas de page, c'est la grande beauté de l'agencement qui frappe. Celle-ci culmine d'ailleurs chromatiquement à travers un éventail de tons passés que l'on devine être la signature d'un être cultivant le "presque rien" -on ne dira jamais assez de bien des artistes ne se peignant pas les poils du nombril. Il y a aussi la grande drôlerie qui s'échappe de son oeuvre et que l'on ne peut pas ne pas remarquer. Ainsi de ces maîtres-nageurs qui n'ont qu'un bonnet et un maillot de bain fluet à opposer au néant. Ils sont dérisoires comme nous le sommes tous, même si nous aimerions qu'il n'en aille pas de la sorte... Merci à Simon Outers de rendre touchant ce grotesque mêlé au fragile.