Dix ans que l'auteur en parlait, dix ans que les amateurs l'attendaient, et qu'ils l'ont enfin en main -ou presque: Blutch s'est enfin attelé à son Tif & Tondu, une reprise le temps d'un one shot de la série inventée en 1938 par Fernand Dineur et qui paraîtra, en entier, début 2019. Car d'ici là, c'est sous la forme de cahiers que Dupuis distille la pépite. Deux, sur trois, ont déjà été publiés, chacun bénéficiant d'un tirage limité à 2 600 exemplaires et d'un emballage classieux bourré de bonus passionnants pour la tête et les ...

Dix ans que l'auteur en parlait, dix ans que les amateurs l'attendaient, et qu'ils l'ont enfin en main -ou presque: Blutch s'est enfin attelé à son Tif & Tondu, une reprise le temps d'un one shot de la série inventée en 1938 par Fernand Dineur et qui paraîtra, en entier, début 2019. Car d'ici là, c'est sous la forme de cahiers que Dupuis distille la pépite. Deux, sur trois, ont déjà été publiés, chacun bénéficiant d'un tirage limité à 2 600 exemplaires et d'un emballage classieux bourré de bonus passionnants pour la tête et les yeux: extraits préparatoires de Blutch, variation de couvertures classiques comme Sorti des abîmes ou La Villa du Long-Cri, photos, planches en grand format et en noir et blanc, et même un roman " écrit par Tif et Tondu", illustré par Blutch et lui aussi découpé en tranches, baptisé L'Antiquaire sauvage, et donnant lui-même écho à cette nouvelle aventure. Robber, le scénariste de Mais où est Kiki? et qui n'est autre que le grand frère de Blutch, a en effet transformé le duo en "justiromanciers" qui narrent leurs enquêtes dans des thrillers à succès! Le tout, pour chaque Cahier, sur du beau papier lui-même encarté dans une couverture à rabat de toute beauté. Mais il fallait bien ça: il s'agit quand même de convaincre les fans de débourser trois fois quatorze euros pour 32 pages, et ce pour un album qu'ils achèteront une deuxième fois, dans sa version définitive! Si la qualité du fond est incontestable -Blutch est ici au sommet de son art et ne perd rien de son identité à se frotter ainsi et enfin à sa madeleine de Proust, sur un scénario succulent mêlant enquête (avec un kidnapping), fantastique (avec une cape d'invisibilité) et mondes de l'art et de l'édition (avec beaucoup d'humour et d'ironie)-, la forme, elle, pose question. Dupuis, mais pas que, semble en effet multiplier ce principe de "cahiers": le dernier album de la série Théodore Poussin avait également bénéficié du principe, tout comme la collection Aire Libre, qui distille sous ce format de courts récits inédits issus de son écurie. Ailleurs, on a par exemple vu la série Infinity 8 de Trondheim être disséquée en petits formats comics ou les albums de Nestor Burma être prépubliés, toujours en plusieurs fois, sous forme de gazettes. Et chaque fois, le principe reste, au final, exactement le même: vendre deux fois un même contenu au premier cercle des amateurs et collectionneurs, qui ne regarderont pas (trop) à la dépense. Une logique de double vente et de vente en tranches qui en dit long sur le serpent de mer de l'édition BD: ses prix de vente, en perpétuelle inflation.