Joli coup des éditions du Tripode, qui ont mis la main sur le premier roman, achevé en 1902 mais inédit à ce jour, de la grande exploratrice orientaliste Alexandra David-Neel. Née en 1868, elle est notamment célèbre pour avoir été, en 1924, la première femme d'origine européenne à séjourner à Lhassa au Tibet. Or avant de devenir cette passionnée...

Joli coup des éditions du Tripode, qui ont mis la main sur le premier roman, achevé en 1902 mais inédit à ce jour, de la grande exploratrice orientaliste Alexandra David-Neel. Née en 1868, elle est notamment célèbre pour avoir été, en 1924, la première femme d'origine européenne à séjourner à Lhassa au Tibet. Or avant de devenir cette passionnée du Tibet, Alexandra fut une cantatrice qui parcourut le monde d'opéras en théâtres. C'est cette veine autobiographique qu'elle exploite dans Le Grand Art: premier prix au Conservatoire de Bruxelles (comme l'auteure), sa narratrice Cécile a connu les vicissitudes de la vie de comédienne de province et les directeurs de théâtre peu scrupuleux. Elle atteindra cependant la renommée grâce à son talent, son intelligence et la protection de quelques personnes bien placées. Ce premier roman de 800 pages nous ouvre la perspective d'un monde féroce où des hommes lubriques "promettent" pour pouvoir coucher, où des hommes influents qui s'ennuient dans le luxe valorisent leur image grâce à la beauté de ces femmes qu'ils parent de bijoux pour étaler leur richesse. Mais Cécile n'est pas dupe, elle sait qu'elle est en représentation permanente. Tel Rastignac, elle se forgera un caractère froid et hautain et revêtira le costume de l'hypocrisie pour balayer son passé et s'émanciper. Rousseauiste par son observation quasi clinique de la nature (une postface propose huit promenades au sein de paysages familiers, cruciales dans son parcours), maupassienne par son tableau de moeurs, David-Neel ose fouiller le métier d'artiste et ses compromissions pour nous proposer une image de la femme libre qui s'assume à l'aube du XXe siècle.