Si Phase IV, son unique long métrage, mérite assurément d'être redécouvert, Saul Bass (1920-1996) reste surtout connu pour les génériques, animés ou en images réelles, qu'il composa pendant une quarantaine d'années pour des films majeurs. Un parcours entamé en 1954 avec Carmen Jones, qu'allait suivre l'année suivante The Man with the Golden Arm, du même Otto Preminger, pour une séquence d'anthologie i...

Si Phase IV, son unique long métrage, mérite assurément d'être redécouvert, Saul Bass (1920-1996) reste surtout connu pour les génériques, animés ou en images réelles, qu'il composa pendant une quarantaine d'années pour des films majeurs. Un parcours entamé en 1954 avec Carmen Jones, qu'allait suivre l'année suivante The Man with the Golden Arm, du même Otto Preminger, pour une séquence d'anthologie imposant le style épuré hérité du modernisme du graphiste. Bass, dont l'on peut considérer qu'il a inventé le générique moderne, estime que celui-ci doit exprimer l'essence du film. Ainsi donc, The Man with the Golden Arm, dont les lignes blanches mouvantes fusionnent en un bras déformé, renvoyant à la dépendance du personnage joué par Frank Sinatra à l'héroïne. Il y en aura d'autres, non moins fameux, comme Anatomy of a Murder, pour Preminger toujours, avec son corps fragmenté, comme autopsié; le motif en spirale du Vertigo de Hitchcock, pour qui il créera encore les génériques de North by Northwest et Psycho (sur lequel il est également conseiller visuel, une fonction qu'il occupe ensuite sur le Spartacus de Stanley Kubrick); le générique final de West Side Story, de Jerome Robbins et Robert Wise, où il recourt habilement aux graffitis; la séquence-titre de Grand Prix, de John Frankenheimer, conçue, comme celle de The Big Country, de William Wyler, comme une véritable ouverture du film... Et l'on en passe, de non moins marquantes, comme celle ramassant Around the World in 80 Days, de Michael Anderson, en 6 minutes animées, ou Seconds, de Frankenheimer, et son visage distordu jusqu'au malaise. S'étant un temps consacré à sa carrière de réalisateur, Saul Bass signera encore les génériques d' Alien, de Ridley Scott (bien qu'il ne soit pas crédité), avant d'entamer, sur Goodfellas, une collaboration de quatre films avec Martin Scorsese, bouclant son magistral parcours sur Casino. Son influence, elle, ne s'est jamais démentie, il suffit de regarder un générique de Mad Men pour s'en convaincre...