On ne rit pas assez derrière les manettes. De Monkey Island à Thimbleweed Park, l'humour gaming se cantonne d'ailleurs à un seul genre ludique de niche: le point & click. Désignant (en tchèque) une peluche de poils et de poussière, Chuchel renforce cette règle. Mais ce trip baroque, animiste et frappadingue brouille, comme nul autre, les pistes entre jeu vidéo et cinéma d'animation. Acariâtre, pathétique et attachante, cette boule noire venue de l'Est danse ainsi entre les Shadoks et les Monty Python pour épater, et surtout, amuser la galerie.
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On ne rit pas assez derrière les manettes. De Monkey Island à Thimbleweed Park, l'humour gaming se cantonne d'ailleurs à un seul genre ludique de niche: le point & click. Désignant (en tchèque) une peluche de poils et de poussière, Chuchel renforce cette règle. Mais ce trip baroque, animiste et frappadingue brouille, comme nul autre, les pistes entre jeu vidéo et cinéma d'animation. Acariâtre, pathétique et attachante, cette boule noire venue de l'Est danse ainsi entre les Shadoks et les Monty Python pour épater, et surtout, amuser la galerie. Amanita Design considérait son activité gaming comme une option à ses débuts. Précurseur (dès 2003!) de la vague indé, ce studio de communication graphique a toutefois progressivement pris de l'ampleur côté joystick. Des miniatures naturalistes et hallucinées de Samorost à la poésie industrielle et fatiguée de Machinarium, le crew a ainsi accumulé une reconnaissance publique et critique, notamment à l'IGF de San Francisco. Emmenée par Jaromir Plachy, game designer et animateur en chef, la team puise notamment sa créativité dans de longues retraites sous psychotropes à la campagne... Loin d'être déstructuré, Chuchel aligne une trentaine de vignettes parfaitement orchestrées. La répétition y est bannie,et l'effet de surprise tout un art. Comme l'écureuil (cramponné à son gland) d' Ice Age, son protagoniste sans nom course indéfiniment une cerise au fil de rencontres improbables. Le fruit de ses désirs se retrouve toujours aux mains de créatures plus placides que lui. Plus malignes aussi. Mention spéciale pour ce pudding rose qui feint de comprendre le chagrin de la pelote affamée, lui tend le végétal pour finalement le retirer de ses mains, tout sourire. Jaromir Plachy glisse dans un humour situationnel et non-verbal. Loccoro et les Lapins crétinsne sont pas loin. Baignant dans la pop expérimentale des Tchèques de DVA, Chuchel tire donc sa force d'un langage fait d'onomatopées universelles. Cette accessibilité s'exprime également dans ses ressorts ludiques. Simplissimes, ces derniers demandent de cliquer sur des objets et des personnages loufoques barrant la route et l'appétit de Chuchel. Un oeuf à la coque géant finit par libérer des poussins enragés. La petite carapace d'un escargot gonfle et dévoile trois portes d'entrée menant vers des jeux d'arcade. Plus loin, huit vers de terre chantent en choeur. Certains passages plus corsés jonglent entre dimensions parallèles et transformations multiples. Mais les petites énigmes du jeu ne se montrent, dans l'ensemble, guère farouches. Bien malin qui résumera le torrent de situations ubuesques et drôlesques de Chuchel. Le jeu, qui jongle avec les échelles de grandeur, ménage des passages arcade pour déformer Angry Birds, Pac-Man, Space Invaders et Flappy Bird. Ses animations travaillées creusent les détails, même en cas d'impasse ludique. De quoi conférer à Chuchel le statut d'oeuvre qui se joue, autant qu'elle se regarde...