S'il n'y a qu'une tendance à retenir du festival d'Angoulême, 39e du nom, qui vient de s'achever, à part le parfum de crise, c'est bien celle-là: la BD du réel a décidément trouvé sa place dans le 9e Art, entre un président de jury résumé à une £uvre - Maus- qui narrait comme personne le martyr juif et un Fauve d'Or remis à Guy Delisle et dont les Chroniques sont passées de la réalité birmane au quotidien palestinien. Même la révélation de l'année, Gilles Rochier, sort du bois et de 10 ans de fanzine avec un récit - TMLP, comme Ta Mère ...

S'il n'y a qu'une tendance à retenir du festival d'Angoulême, 39e du nom, qui vient de s'achever, à part le parfum de crise, c'est bien celle-là: la BD du réel a décidément trouvé sa place dans le 9e Art, entre un président de jury résumé à une £uvre - Maus- qui narrait comme personne le martyr juif et un Fauve d'Or remis à Guy Delisle et dont les Chroniques sont passées de la réalité birmane au quotidien palestinien. Même la révélation de l'année, Gilles Rochier, sort du bois et de 10 ans de fanzine avec un récit - TMLP, comme Ta Mère La Pute- aux forts relents autobiographiques, ancré dans la réalité banlieusarde de sa jeunesse. " Une histoire à 87 % autobiographique, nous expliquait l'auteur la veille d'être élu révélation de l'année. Mais depuis une semaine, les journalistes que je rencontre me résument déjà au sujet des banlieues. J'ai bossé la narration comme un fou, mais on me demande d'expliquer en 7 minutes la problématique des banlieues... Ce n'était pas vraiment le propos, juste ma réalité. Cette nomination, c'est surtout synonyme de bonne rigolade avec les copains, mais ça donne une 2e vie au livre (un nouveau tirage a été effectué dès sa nomination, ndlr) , qui était sorti en mars dernier. Plus qu'une éternité dans ce monde." On ne sait pas encore si le monde de la BD résumera à jamais Gilles Rochier à son TMLP (même si on en doute, son prochain opus causera d'open space et des angoisses du monde de l'entreprise), mais l'homme qui l'a élu révélation de l'année pourra lui en parler: 25 ans après la sortie de son prix Pulitzer, Art Spiegelman a tenté ici de refermer définitivement la page Maus. Peine perdue probablement. Parmi le foisonnement d'expositions montées cette année -mention spéciale au formidable "tampographe" Vincent Sardon-, pas moins de 3 étaient consacrées à la carrière de son président. Et 2 pratiquement à son seul Maus. Une large place est bien sûr consacrée à ses références et à ses premiers pas, ainsi qu'à la formidable aventure de Raw, le magazine dont il est l'éditeur. Mais rien à faire, dans les conversations, dans les commentaires, dans ce que le public retient et est venu voir, il n'y en a que pour Maus. Et de fait, à l'image de ce qui a été réalisé dans l'album MetaMaus, Spiegelman semble avoir ici voulu tout dire et tout montrer de cette £uvre-là, sans doute pour convaincre la foule d'en avoir définitivement fait le tour. Les entretiens avec son père, tous les essais, croquis et recherches réalisés autour des planches, les photos de Richieu, son frère aîné, l'acte d'arrestation d'Anja et de Vladek... Art Spiegelman ne s'en cache plus: le poids de Maus n'est plus loin du fardeau. " Désormais, ce que je veux, c'est repartir à zéro, a répété Art Spiegelman lors de son arrivée à Angoulême. Me libérer de ce passé." Le New-Yorkais devra encore attendre: le centre Pompidou a déjà décidé de reprogrammer son "Musée Privé", montré ici. ART SPIEGELMAN, METAMAUS, ÉDITIONS FLAMMARIONTEXTE OLIVIER VAN VAERENBERGH