Entamé en 1993 avec Cronos, relecture ingénieuse du film de vampires et du mythe de la vie éternelle, le parcours de Guillermo del Toro l'a vu ensuite se multiplier sur les différents fronts du cinéma fantastique. Il n'est ainsi guère de (sous-)genres que le cinéaste mexicain n'ait revisités comme pour mieux se les approprier, du thriller horrifique façon Mimic (son premier film américain, malheureusement charcuté par les frères Weinstein) à la romance gothique vintage telle Crimson Peak. S'il s'est encore essayé à la veine super-héroïque en mode atypique ( Hellboy et sa sui...

Entamé en 1993 avec Cronos, relecture ingénieuse du film de vampires et du mythe de la vie éternelle, le parcours de Guillermo del Toro l'a vu ensuite se multiplier sur les différents fronts du cinéma fantastique. Il n'est ainsi guère de (sous-)genres que le cinéaste mexicain n'ait revisités comme pour mieux se les approprier, du thriller horrifique façon Mimic (son premier film américain, malheureusement charcuté par les frères Weinstein) à la romance gothique vintage telle Crimson Peak. S'il s'est encore essayé à la veine super-héroïque en mode atypique ( Hellboy et sa suite, d'après le comic book culte de Mike Mignola) et même au croisement hypothétique (et barnumesque) entre films de monstres et de machines pour Pacific Rim, c'est toutefois dans le conte fantastique que Del Toro a donné sa pleine mesure. Tournés en Espagne (et dans la langue de Cervantes) en 2001 et en 2006 respectivement, L'Échine du Diable et Le Labyrinthe de Pan brillent d'un même éclat, le génie visionnaire du réalisateur s'y déployant en une fantasmagorie où le cinéma de genre tutoie la grande Histoire -la guerre civile espagnole en l'occurrence-, l'innocence s'y frottant à la corruption du monde. Inscrit dans l'atmosphère lourde de menaces de la Guerre froide, The Shape of Water procède aujourd'hui d'une même alchimie. Et Guillermo del Toro considère à juste titre que ces trois films pourraient fonctionner comme un ensemble. "De tous mes films, ce sont ceux qui présentent le plus de combinaisons de tonalité, relève-t-il. L'Échine du Diable est une histoire de fantômes mais aussi de guerre civile; c'est un western, mais encore un film d'horreur. Quant au Labyrinthe de Pan, c'est un conte de fées, mais aussi un film anti-fasciste sur la guerre civile..." Quant à ce nouvel opus, il adopte la forme mouvante d'un conte de fées et d'un film de monstre vintage, comme pour mieux aborder le présent. "Ces trois films sont intimement liés, les parallèles entre eux sont nombreux, poursuit le réalisateur. La fillette du Labyrinthe pourrait fort bien être Elisa dans The Shape of Water. Ce n'est pas le cas, mais elles ont la même essence. Et Juanito, dans L'Échine du Diable , pourrait en un sens annoncer le personnage de Michael Shannon... Ils vont de pair." Manière aussi de souligner la cohérence de son univers, même si le réalisateur a veillé à toujours surprendre. À l'heure d'un Lion d'or appelé, à l'évidence, à élargir encore la reconnaissance dont il jouit, Guillermo Del Toro n'a donc pas fini de nous éblouir. À en croire AlloCiné et d'autres sites, il s'attellerait prochainement à un remake du Voyage fantastique, mémorable classique de la science-fiction réalisé par Richard Fleischer en 1966, qui envoyait une équipe de scientifiques miniaturisés (dont Raquel Welch!) dans le corps d'un homme pour tenter une opération de la dernière chance. C'est peu dire que l'on brûle de le découvrir...