" Au moment où j'entrais en scène, ce 23 janvier 2019, je ne savais pas encore que je déciderais de ne plus jouer de piano, plus de 70 ans après mes débuts." Né en Algérie en 1927, Martial Solal n'épouse la profession de jazzman que lorsqu'il s'installe à Paris, après la Libération. Son parcours musical va l'amener à traverser toute l'Histoire du jazz moderne, du bop jusqu'au free jazz que, par ailleurs, il critiquera ouvertement avec des arguments recevables. Car, pour Solal, il ne s'agit pas de faire table rase des principes de la mus...

" Au moment où j'entrais en scène, ce 23 janvier 2019, je ne savais pas encore que je déciderais de ne plus jouer de piano, plus de 70 ans après mes débuts." Né en Algérie en 1927, Martial Solal n'épouse la profession de jazzman que lorsqu'il s'installe à Paris, après la Libération. Son parcours musical va l'amener à traverser toute l'Histoire du jazz moderne, du bop jusqu'au free jazz que, par ailleurs, il critiquera ouvertement avec des arguments recevables. Car, pour Solal, il ne s'agit pas de faire table rase des principes de la musique afro-américaine mais, au contraire, de jouer avec eux. Pianiste favori des musiciens américains de passage, il jouera aussi bien aux côtés de Dizzy Gillespie que d'Eric Dolphy, parmi bien d'autres. Longtemps réticent, il se rend pour la première fois aux États-Unis en 1963 avec l'idée de, peut-être, s'y installer. Mais malgré une tournée couronnée de succès (où il est accompagné par le bassiste Teddy Kotick et le batteur Paul Motian), il reviendra sans regret dans la capitale française. Compositeur de musiques de films ( Deux hommes dans Manhattan de Melville ou À bout de souffle de Godard), il va développer une approche orchestrale du jazz et au-delà, notamment pour satisfaire les commandes que lui passent les milieux du classique comme ceux de la musique contemporaine. Considéré déjà à cette époque comme l'une des plus grandes figures du jazz européen, Martial Solal va recentrer son activité à partir des années 60 autour de ses deux configurations instrumentales favorites: le trio, basse, batterie et le solo intégral qu'il a choisi, sans le vouloir, pour son dernier chef-d'oeuvre. Enregistré Salle Gaveau en 2019, Coming Yesterday est le dernier concert de l'un des plus grands pianistes de l'Histoire du jazz. Son extraordinaire longévité (il est âgé alors de 91 ans) n'a en rien altéré son talent, son humour sinon sa malice permanente et, surtout, son sens inné de l'improvisation, de la citation, de l'emprunt inattendu et souvent humoristique (comme dans Sir Jack ceux de Frère Jacques et de Sur le pont d'Avignon). En dehors de deux compositions de sa plume, l'admirateur de Charlie "Bird" Parker ne jouera ce soir-là que des standards (qu'il décrit comme étant " des prétextes, des enjeux, des sujets de dissertations") choisis, non sans humour, parmi les plus éculés d'entre eux ( I Can't Get Started, Tea for Two, Lover Man et autres) et qu'il réinventera d'inimitable façon en travaillant sur le rythme et la tonalité, pour un plaisir à nul autre pareil. Architecte et maçon à la fois, Solal nous fait cadeau, avec ce disque, de son dernier et splendide feu d'artifice.