Arthur Langerman n'est pas un collectionneur comme les autres. Certains ont une passion pour le modélisme, les timbres, les Schtroumpfs ou les étiquettes de vin. Lui dont la famille a été décimée dans les camps de la mort en 1942 a constitué en 30 ans la plus gran...

Arthur Langerman n'est pas un collectionneur comme les autres. Certains ont une passion pour le modélisme, les timbres, les Schtroumpfs ou les étiquettes de vin. Lui dont la famille a été décimée dans les camps de la mort en 1942 a constitué en 30 ans la plus grande collection d'images et d'objets antisémites: plus de 7 500 pièces en tout, essentiellement autour de la Seconde guerre mondiale, de l'affiche prétendant dénoncer l'omniprésence des Juifs dans le cinéma français aux étoiles jaunes, en passant par ce tableau figurant les habitants d'un ghetto, hagards, émaciés, les yeux rougis d'où s'écoulent les dernières lueurs d'humanité. Entre devoir de mémoire et impossibilité de s'extirper d'une existence meurtrie, les motivations d'Arthur Langerman demeurent embrumées et son entourage perplexe durant une partie de ce documentaire troublant. Mais à mesure que la reconnaissance de son travail se fait publique, que les yeux de sa fille s'acclimatent à l'obscurité du projet paternel, le grand oeuvre apparaît dans toute son urgente nécessité: une paix intérieure impossible à négocier, une douleur qui doit être inlassablement puisée à la source. Car celle-ci demeurera intarissable et nocive tant que l'horreur n'aura pas été révélée dans toute son expression. Renversant.