En 1964, John Coltrane se trouve au sommet de sa période dite classique, qu'il conclura magistralement avec le fabuleux (et mystique) A Love Supreme. S'il n'est pas encore au bout d'une évolution qui le verra bientôt se tourner vers l'avant-garde du jazz, appelée alors la new thing mais désormais universellement connue sous le nom de free jazz, le saxophoniste est déjà l'une des personnalités centrales de l'Histoire de la musique afro-américaine qui l'a vu débuter à la fin des années 40. À 38 ans, après avoir atteint ses premiers sommets aux côtés de Miles Davis avec le ...

En 1964, John Coltrane se trouve au sommet de sa période dite classique, qu'il conclura magistralement avec le fabuleux (et mystique) A Love Supreme. S'il n'est pas encore au bout d'une évolution qui le verra bientôt se tourner vers l'avant-garde du jazz, appelée alors la new thing mais désormais universellement connue sous le nom de free jazz, le saxophoniste est déjà l'une des personnalités centrales de l'Histoire de la musique afro-américaine qui l'a vu débuter à la fin des années 40. À 38 ans, après avoir atteint ses premiers sommets aux côtés de Miles Davis avec le somptueux Kind of Blue, Coltrane a entamé une carrière de leader dans laquelle il ne cesse d'avancer à pas de géant, comme s'il savait que le temps lui était compté... Pilier du cinéma direct francophone, Gilles Groulx est le premier cinéaste québécois issu de l'ONF (Office national du Film) à passer à la fiction avec Le Chat dans le sac -se livrant, à cette occasion, au détournement de ce qui devait être, à l'origine, un documentaire. Tout en conservant son sujet, brûlant pour l'époque (soit l'accession à la maturité politique du peuple québécois), le cinéaste, sous l'influence de la Nouvelle Vague française et du Free Cinema anglais, va l'explorer à travers la relation amoureuse d'un jeune couple confronté à la réalité du Québec de 1964. Pour la musique du film, Gilles Groulx, passionné de jazz, décide de contacter par l'entremise du bassiste Jimmy Garrison qu'il connaît un peu, le musicien qu'il admire le plus: John Coltrane. Plutôt que de composer une musique originale, à la demande du cinéaste présent lors de la séance d'enregistrement (musique qu'il n'utilise qu'à trois ou quatre reprises plein pot, la laissant le plus souvent courir sous l'image), Coltrane va réenregistrer quelques-uns de ses classiques dont le sublime Naima (deux prises), Village Blues (trois prises), Like Sonny ou encore Traneing In.Blue World, qui a donné son nom à ce somptueux vinyle de 180 grammes au pressage silencieux, étant pour sa part un démarquage habile d' Out of This World de Harold Arlen. Ce qui, entre autres plaisirs, rend cet album passionnant, réside dans la comparaison avec les originaux enregistrés cinq ans plus tôt pour le label Atlantic. Semblables et pourtant différentes ne serait-ce que par la présence de musiciens faisant corps avec leur leader (McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie, Jimmy Garrison à la basse), les nouvelles versions soulignent, à lyrisme égal, le jeu d'une plénitude rare atteint par Trane au moment même où il va révolutionner le jazz en ouvrant sa musique à l'improvisation libre. À l'arrivée, un chef-d'oeuvre (ou tout comme), longtemps considéré comme perdu et qui (re)trouve la place qui lui était dû au sein de la discographie d'un des géants de l'Histoire du jazz moderne.