Les méchants de l'époque sont connus: capitalisme, colonialisme, patriarcat. Ces méchants, cela fait longtemps que Silvia Federici, grande figure des luttes féministes radicales, a l'habitude de les tutoyer pour leur envoyer à la figure les vérités qui révolutionnent. Née en Italie en 1942, elle est chercheuse et enseignante aux États-Unis depuis la fin des années 60. Il a pourtant fallu attendre une paie avant de voir ses travaux rencontrer le public francophone. En 2014, la parution de Caliban et la sorcière (Entremonde), en pleine vague de redécouverte du féminisme américain des eighties, a mis tout le monde d'accord: Federici coche toutes les cases de la culture de la colère de gauche -cette culture qui, à défaut de remporter des victoires électorales, triomphe en librairie et dans les centres d'art. Le Capitalisme patriarcal, un petit recueil d'articles écrits entre 1974 et 2017 et explorant les différentes facettes de la danse compliquée qui rassemble marxisme et féminisme, le prouve à nouveau. De l'invention de la ménagère à l'économie du travail sexuel, des liens entre le Capital et la question du genre aux relations entre communisme et émancipation des femmes, ce sont autant de lectures affûtées et militantes que Federici propose à tous ceux qui ont manqué les dernières classes de science subversive. Cela ne convaincra guère que les convaincus -mais ça les convaincra bien.

de Silvia Federici, ÉDITIONS La Fabrique, traduit de l'italien par Étienne Dobenesque, 192 pages.

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