Deuxième volet d'un triptyque consacré à l'histoire de la Roumanie sous Ceausescu, ce récit soulève encore aujourd'hui beaucoup de questions. Dans Le Roi blanc, paru en français en 2009, Dragomàn évoquait les dérives du totalitarisme racontées par un jeune garçon. L'auteur reprend cette fois le prisme d'un univers adolescent: Emma, treize ans, orpheline, est retirée brusquement de l'école par une grand-mère sortie de nulle part et emmenée aux confins de la Transylvanie. Là, la jeune femme apprend à se battre pour renverser les rumeurs qui pèsent sur le grand-père disparu. Curieuse et sans concession, elle s'affirme contre tous, se dépasse et transcende la perte de ses parents, allant jusqu'à se mutiler pour mieux se reconstruire. Quant à sa grand-mère, personnage fantasque, elle s'enferme dans un monde magique qu'elle dirige pour faire renaître les fantômes des disparus. Le présent narratif choisi par l'auteur et la description minutieuse de gestes ancestraux permettent au lecteur de vivre aux côtés d'Emma et, comme elle, d'écouter le monologue de la grand-mère dérouler des pans d'histoire chaotique où la désinformation et les pressions extérieures ont beau jeu.

de György Dragomàn, Éditions Gallimard, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, 527 pages.

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