"Le cinéma, art de l'illusion des corps qui ne vieillissent pas et des caméras qui ne se reflètent pas dans les miroirs, ne serait-il pas, par définition, un art vampirique?", s'interroge Matthieu Orléan, le commissaire de l'exposition que consacre pour l'heure la Cinémathèque française aux vampires. Observation pertinente, et le 7e art ne s'est fait faute de célébrer sous des formes et des appellations diverses cette figure surgie des tréfonds du Moyen Âge avant de prendre corps sous la plume de Bram Stoker, établissant une généalogie courant du Nosferatu de Murnau aux Adam et Eve du Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch.
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"Le cinéma, art de l'illusion des corps qui ne vieillissent pas et des caméras qui ne se reflètent pas dans les miroirs, ne serait-il pas, par définition, un art vampirique?", s'interroge Matthieu Orléan, le commissaire de l'exposition que consacre pour l'heure la Cinémathèque française aux vampires. Observation pertinente, et le 7e art ne s'est fait faute de célébrer sous des formes et des appellations diverses cette figure surgie des tréfonds du Moyen Âge avant de prendre corps sous la plume de Bram Stoker, établissant une généalogie courant du Nosferatu de Murnau aux Adam et Eve du Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch. La matière est vaste, les réalisateurs de tout poil s'étant emparés du mythe avec une voracité de circonstance; l'exposition en offre une vision panoramique, non sans déborder au passage du cadre strictement cinématographique pour toucher à d'autres formes d'expression artistique, peinture, littérature ou photographie tant, il est vrai, le "non-mort" n'a cessé d'imprégner notre imaginaire. Et les gravures de Gustave Doré, collages de Max Ernst, tirages de Joachim Koester et autre toile de Jean-Michel Basquiat d'offrir un contrepoint choisi à l'omniprésence cinématographique du prince des ténèbres, "icône dark, incarnation de ce que l'humain a de plus pulsionnel dans son rapport au sexe, à la folie, à la mort", avec ce que cela induit comme potentiel fantasmatique. Historique, poétique, politique, érotique et même pop, les déclinaisons se multiplient, dont le parcours établit la nomenclature, affiches, photos de plateau, croquis, costumes, scénarios, extraits innombrables écrivant une histoire parallèle du cinéma, ou peu s'en faut. Musidora y côtoie Theda Bara, vamps pour l'éternité; Max Schreck et Klaus Kinski défilent en parallèle; Béla Lugosi vampirise jusqu'à un picture disc de Bauhaus ( Béla Lugosi's Dead); Francis Ford Coppola croise Bertrand Mandico, attendu que le vampire, s'il est immortel semble aussi indémodable. Et que si sa capacité à se métamorphoser n'est plus à rappeler, lui qui se transforme, au besoin, en chauve-souris ou en loup, sa faculté d'adaptation n'est pas moindre, qui lui confère une évidente richesse métaphorique. C'est dire si le mythe apparaît inépuisable, ce dont attestent ses incarnations les plus récentes, de Twilight à la série True Blood, le marginal d'antan s'étant imposé jusqu'au coeur de la pop culture dans toute sa puissance de séduction, obsession appelée à persister, tant il est vrai, la nuit est son domaine...