En Grande-Bretagne, on l'a baptisée "nu-folk"vu son association avec des groupes à la Noah And The Whale fin des années 2000. Laura Marling est la progéniture de Sir Charles William Somerset Marling, cinquième baron du nom: celui-ci tenait un studio d'enregistrement dans le Hampshire, inondant sa fille d'influences folk qu'elle digère en maniant la guitare acoustique. Son autre éducation prend place dans une école privée Quaker du Berkshire, source de questionnements fondamentaux qu'elle jettera plus tard dans sa tourbe musicale. Lorsqu'elle débarque à Londres à l'âge tendre -16 ans-, Laura est naturelleme...

En Grande-Bretagne, on l'a baptisée "nu-folk"vu son association avec des groupes à la Noah And The Whale fin des années 2000. Laura Marling est la progéniture de Sir Charles William Somerset Marling, cinquième baron du nom: celui-ci tenait un studio d'enregistrement dans le Hampshire, inondant sa fille d'influences folk qu'elle digère en maniant la guitare acoustique. Son autre éducation prend place dans une école privée Quaker du Berkshire, source de questionnements fondamentaux qu'elle jettera plus tard dans sa tourbe musicale. Lorsqu'elle débarque à Londres à l'âge tendre -16 ans-, Laura est naturellement aspirée dans le milieu folky, rejoignant donc pour leur premier disque les futés Noah And The Whale, les quittant dans la foulée pour cause de rupture amoureuse avec le chanteur. Laura a le genre de voix charismatique qui retient les graves sans noyer les aigus, donnant l'impression de dialoguer en permanence avec des sujets plus charnus que sa blonde silhouette de pâle Anglaise bien née ne l'autorise. Une façon de faire frissonner les mélodies qui rappelle Feist ou Sandy Denny. A la parution, en février 2008, de Alas, I Cannot Swim, de densité immédiate, la presse anglaise en fait ses choux gras: Laura vient d'avoir 18 ans et quelques semaines auparavant, mineure, s'est vue empêchée d'entrer à l'un de ses propres concerts. L'album, nominé au Mercury Prize,se vend à plus de 100 000 exemplaires en Angleterre et de flatteuses comparaisons sont prestement établies avec Joni Mitchell, reine sanctifiée de l'americana. Cinq ans et diverses récompenses plus tard -dont un Brit Award-, le nouveau Once I Was an Eagle fait impression, musique aux mille ramifications, parfois venteuses, souvent épiques, traitant d'amour et de solitude, pas forcément biographique. Laura n'a pas embauché de groupe, seulement le producteur Ethan Johns et la violoncelliste/contrebassiste Ruth de Turberville. C'est sa propre guitare, rappelant le tuning métaphysique de John Martyn, qui guide les opérations avec une réverb un peu folle, en écho à la voix, incendiée de sentiments intimes. Le charme opiacé du disque tient en grande partie dans la difficulté à savoir où vont aller les chansons, y compris en cours d'exécution. Même si les quatre premiers titres forment une sorte de flow continu, d'un spleen caractériel et languissime à la Nick Drake. Quand Laura se laisse aller -les accords libertaires de Saved These Words clôturant plus d'une heure de musique-,on retrouve la sensation neuve d'être à nouveau au coeur de la raison folk, quoi que le terme paraît trop limitatif. D'ailleurs, en écrivant le disque -déjà au moment de la tournée associée au précédent-, Marling s'est gavée de musiques de 1969. Ce qui est réconfortant, c'est qu'au final, Once I Was an Eagle, malgré ses ancrages, ne sonne jamais rétro ou recycleur. Laura voyage. Elle a récemment quitté Londres pour aller vivre à Silver Lake, quartier branché-boisé de Los Angeles. LAURA MARLING, ONCE I WAS AN EAGLE (****), DISTRIBUÉ PAR V2. LE 21/09 EN CONCERT À L'AB. TEXTE PHILIPPE CORNET