"Tu as vu Birdman? Ce film m'a complètement marqué. Cela parle tellement de tout ça: de l'art et du commerce, de ce déchirement entre la soif de reconnaissance et la volonté de rester le plus invisible possible..." Depuis sa sortie, Bernard "Be" Plouvier a déjà vu trois fois le film multi-oscarisé d'Alejandro Iñárritu. L'histoire d'un acteur vieillissant qui tente un come-back après des années de désert artistique...
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"Tu as vu Birdman? Ce film m'a complètement marqué. Cela parle tellement de tout ça: de l'art et du commerce, de ce déchirement entre la soif de reconnaissance et la volonté de rester le plus invisible possible..." Depuis sa sortie, Bernard "Be" Plouvier a déjà vu trois fois le film multi-oscarisé d'Alejandro Iñárritu. L'histoire d'un acteur vieillissant qui tente un come-back après des années de désert artistique... Bruxelles, 2015. Plouvier est assis aux côtés d'Alain Allaeys et Armand Bourgoignie. Un francophone, deux Flamands, tous les trois désormais autour de la cinquantaine. Il y a un peu moins de 20 ans, avec Kurt Vanpeteghem, ils sortaient Material Sunset. Le premier album de Mad Dog Loose. Le seul. Moitié des années 90, le rock belge est alors en pleine bourre. Mad Dog Loose tire son épingle du jeu avec un disque brillant, petit bijou collectionnant les fulgurances indie-rock (Shiny Side, Take Me Down, Versa...). Le groupe cherche bien un peu la mouise en signant sur le même label et avec les mêmes producteurs que dEUS, dont on les rapproche régulièrement. Mais la critique n'en est pas moins emballée, et plusieurs morceaux tournent en radio. La gloire à portée de main. Sauf que non. Du jour au lendemain, plus rien. Le groupe implose en plein vol. Leader-chanteur, Alain Allaeys raconte aujourd'hui dans la langue d'Arno: "A un moment, j'avais mal au coeur. Je passe chez le docteur. Il me dit que je dois être opéré, à coeur ouvert. C'était lourd, épuisant. Je n'avais plus envie de stress, je voulais arrêter tout: la musique, la relation avec ma copine... J'avais aussi des difficultés dans ma tête. Cela a pris du temps pour sortir de tout ça." En fait, sujet à des crises de parano de plus en plus violentes, Alain Allaeys a décidé de débrancher la prise. Fin de l'histoire. Mad Dog Loose devient un conte à ranger dans les archives de la Belpop, rayon artistes maudits... Il y a un an pourtant, en commentaires d'une vidéo YouTube du groupe, Armand Bourgoignie laissait ce message: "Les gars, il est en train de se passer quelque chose de fantastique. Je n'en dis pas plus pour l'instant..." Mars 2015, le bassiste peut enfin lâcher le morceau: Mad Dog Loose est de retour, avec un nouvel album, et, comme il n'aura de cesse de le répéter pendant la rencontre: "C'est un vrai miracle!". "Franchement, il y avait 999 chances sur 1000 pour que cela n'arrive jamais." Le coup de téléphone date de mai 2013. Reclus chez lui, à Ypres, Alain Allaeys a pondu une série de titres qu'il aimerait bien essayer avec ses anciens camarades. Kurt Vanpeteghem décline. Armand Bourgoignie le Gantois et Be Plouvier le Bruxellois embraient par contre. Ils décident de se retrouver à Gand pour tenter une première répétition. "Dans le train, je n'en menais pas large, se souvient Plouvier. Cela faisait une paye que l'on ne s'était plus vus! Finalement, après une heure, tous les automatismes étaient revenus!" Pourquoi alors ne pas insister un peu? Le trio se débrouille même pour enquiller une paire de petits concerts dans des cafés. Alain Allaeys est encore un peu mal à l'aise avec l'idée de ressusciter Mad Dog Loose. Le groupe se fait donc appeler... Birdmen. Finalement, en janvier 2014, Be Plouvier avance les sous pour rentrer en studio, du côté de Liège. Alain Allaeys: "On a enregistré les guitares, basses, batterie, le premier jour. Toutes les voix et le violon, le lendemain." Dix-sept titres enfilés, vomis, en à peine 48 heures! Restait alors le plus dur: retrouver une maison de disques... Après quelques coups dans l'eau, Be Plouvier se décide à déposer les bandes chez Philippe Decoster, boss de 62TV Records, avec qui Mad Dog Loose avait sorti Material Sunset... "Sans avoir écouté, j'ai dit que je n'étais pas preneur", explique l'intéressé. "Je pense qu'il nous en voulait toujours un peu, fait semblant de deviner Plouvier. Je me souviens avoir fait un tour sur le site de 62TV, et n'avoir pas retrouvé la référence de Mad Dog Loose dans le catalogue... Je comprends. C'est très émotionnel pour eux aussi. On était leur première signature, cela commençait à bien marcher, et tout à coup, ils voient cette bande de connards leur claquer entre les doigts." Decoster n'a aucun mal à confirmer. "Je n'en ai pas gardé un très bon souvenir en effet. C'était particulier, parce que j'étais aussi leur manager. Et à la fin, c'est vraiment parti en couilles. Alain pétait complètement les plombs. Mais bon, j'ai passé trois ans de ma vie avec ces mecs. J'étais quand même curieux d'entendre ce qu'ils avaient pu enregistrer." Après écoute, Philippe Decoster se laisse convaincre, même si cela reste "trois vrais loufdingues". A une condition tout de même: reprendre le nom de Mad Dog Loose -"à un moment, il faut quand même arrêter de déconner". Decoster demande encore au groupe d'assurer au moins une dizaine de dates. Pour le reste, advienne que pourra... Un peu comme si tout le monde restait encore un peu incrédule. Comme si, peu importe le succès ou la résonance que pourrait trouver le disque, son principal mérite serait d'abord et avant tout d'exister. Plouvier: "On rentre dans le privé, mais on a tous connu des parcours de vie chaotiques." Pourquoi se retrouver maintenant? Qu'est-ce qui a changé? Peut-être fallait-il juste du temps? Traverser une série de coups durs pour prendre conscience de l'or que l'on a eu un moment entre les mains? Ou alors plus simplement, comme Allaeys le chante sur le nouveau Highfive, réaliser que "life ain't so bad, after all"?... Aujourd'hui, voilà donc Signs From The Lighthouse, disque d'autant plus réussi que personne ne l'attendait. Un album de pop indie saturée et cabossée, bourré de morceaux au pouvoir de séduction instantané, qui même quand il joue faux sonne terriblement juste. En fin de discussion, Allaeys glisse encore: "J'espère qu'on aura quand même un peu de travail, quoi. Ben oui. Pouvoir jouer dans des chouettes petites salles, tout ça... Tu sais pourquoi? Quand je sors d'un concert, après je me sens soulevé, tellement plus léger. C'est ça que je veux faire" Fly, birdman, fly... MAD DOG LOOSE, SIGNS FROM THE LIGHTHOUSE, 62TV RECORDS. 8 EN CONCERT NOTAMMENT LE 12/05, À L'OCCASION DE LA SOIRÉE ANNIVERSAIRE DE 62TV AUX NUITS BOTANIQUE, BRUXELLES. RENCONTRE Laurent Hoebrechts