The Pollyseeds
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The Pollyseeds Distr. Sounds of Crenshaw.7 On a beau dire, avec la dématérialisation de la musique, toute une série de petites habitudes ont disparu. La lecture des notes de pochette, par exemple. Il était possible de passer des heures à les éplucher et retracer la généalogie de certains morceaux... Aujourd'hui, la tâche est plus compliquée. Bien sûr, toutes les infos sont à portée de clic. Mais alors que, plus que jamais, la fabrication d'un disque (les blockbusters en particulier) rassemble un générique quasi aussi long que le dernier Ridley Scott, la musique se présente comme si elle sortait de nulle part. Des carrières entières se sont pourtant construites dans les coulisses. Prenez Terrace Martin, par exemple. Si son nom n'a pas encore complètement percolé dans le grand public, il s'est retrouvé embarqué dans plusieurs projets emblématiques. Multi-instrumentiste, saxophoniste jazz, il a pu frayer aussi avec le rap. Coiffé de sa casquette de producteur, il a par exemple collaboré avec Snoop Dogg. Surtout, il a largement contribué à la vibe jazzy du To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar. À bientôt 40 ans, le fils du batteur Curly Martin fait ainsi partie de cette génération de musiciens californiens qui, à l'instar du saxophoniste Kamasi Washington ou du bassiste Thundercat, ont su redonner un coup de jeune au jazz. Et de se retrouver aujourd'hui à converser avec Quincy Jones, ou produire le prochain album d'Herbie Hancock. Après une série d'albums sous son nom (Velvet Portraits, l'an dernier), Terrace Martin publie aujourd'hui un disque sous le nom de The Pollyseeds. Pour l'occasion, le musicien a rassemblé une sorte de collectif. On y retrouve par exemple le camarade Robert Glasper, autre adepte des croisements soul-jazz, le précité Kamasi Washington, ou encore le batteur des Snarky Puppy, Robert Searlight. Le producteur Craig Brockman (Missy Elliott) est également de la partie, tout comme la chanteuse Rose Gold, le chanteur Preston Harris ou le rappeur Chachi (alias Problem). Tout ce petit monde est réuni avec une idée en tête: enregistrer un disque choral, navigant entre smooth jazz, r'n'b, soft funk, et hip-hop. Moite et traînant, le tempo de Sounds of Crenshaw ne dépasse jamais celui d'une fin d'après-midi écrasée par le soleil de la Côte Ouest. Terrace Martin et sa bande rêvassent, passant d'un hommage au g-funk (Intentions) à un exercice soul-jazz seventies (Funny How Time Flies), avant de lâcher un beat hip hop vintage (Mama D/Leimert Park), d'investir la nu-soul (Feeling of The World) ou de s'offrir une ballade piano-saxo à la Bill Evans, dont la pudeur fait mouche (Wake Up). Derrière le côté gourmand de la démarche, il y a évidemment aussi l'ambition de refléter la vie à Crenshaw, le quartier de Los Angeles dans lequel a grandi Terrace Martin. Un coin dont la diversité (essentiellement afro-américain et latino, Crenshaw a accueilli l'une des plus importantes populations américano-japonaises après la Seconde Guerre mondiale) n'empêche pas une certaine unité. Le soleil donne la même couleur aux gens... Laurent Hoebrechts