Festival Mads Mikkelsen sur les écrans, puisque, à la sortie dans les salles de Riders of Justice, de son complice Anders Thomas Jensen ( lire page 16), s'ajoute celle en DVD de Drunk, de Thomas Vinterberg, formidable film multiprimé des Oscars aux César en passant par les European Film Awards. Le comédien y interprète Martin, un prof d'Histoire dont la flamme semble s'être éteinte depuis longtemps, une même triste routine présidant à sa vie de couple comme professionnelle. Moment où, avec trois collègues de lycée pareillement englués dans une m...

Festival Mads Mikkelsen sur les écrans, puisque, à la sortie dans les salles de Riders of Justice, de son complice Anders Thomas Jensen ( lire page 16), s'ajoute celle en DVD de Drunk, de Thomas Vinterberg, formidable film multiprimé des Oscars aux César en passant par les European Film Awards. Le comédien y interprète Martin, un prof d'Histoire dont la flamme semble s'être éteinte depuis longtemps, une même triste routine présidant à sa vie de couple comme professionnelle. Moment où, avec trois collègues de lycée pareillement englués dans une midlife crisis ne disant pas son nom, il décide de se lancer dans une expérience audacieuse. À savoir prendre à la lettre une théorie du psychiatre norvégien Finn Skarderud, estimant que l'être humain naît avec un déficit d'alcool dans le sang qu'il conviendrait de résorber pour réaliser tout son potentiel. À quoi les quatre compères vont s'employer méthodiquement, s'imbibant consciencieusement dès le réveil pour atteindre les 0,5 g requis, entreprise couronnée de succès en apparence qui les voit comme reprendre goût à la vie. Martin surtout, que ne reconnaissent pas plus ses étudiants, éblouis par ses méthodes iconoclastes et imagées, que sa femme et ses enfants, stupéfaits de le retrouver. Jusqu'au jour où, le quatuor décidant de pousser l'expérience plus avant, des effets indésirables commencent à se faire jour, avec des conséquences potentiellement dévastatrices. Si Drunk est une réussite exemplaire, il le doit avant tout à la distance qu'adopte Thomas Vinterberg, qui ne verse pas plus dans l'apologie gratuite de l'alcool (dont il souligne toutefois les vertus qu'appréciaient Hemingway et Churchill, parmi beaucoup d'autres) que dans le pensum lourdement moralisateur. À quoi le réalisateur danois préfère une mesure médiane, laissant par moments tanguer son film avec ses protagonistes, quelques passages fort drôles à l'appui, tout en faisant de la boisson le révélateur d'une angoisse profonde, mais aussi de la possibilité de revivre. Perspective... enivrante à laquelle son quatuor d'acteurs -Mikkelsen, donc, mais encore les non moins impeccables Thomas Bo Larsen, Magnus Millang et Lars Ranthe- apporte un luxe de relief, Vinterberg observant leur équipée d'un regard bienveillant, pour livrer une réflexion sensible tout en libérant des émotions contrastées. Drunk est dédié à Ida, la fille du réalisateur, disparue dans un accident de la route au tout début du tournage. Une tragédie qui a déteint sur le ton du film, que le cinéaste a voulu comme une ode à la vie, à l'image d'un Mads Mikkelsen virevoltant dans une dernière scène inoubliable. À voir sans modération.