"Je ne me suis jamais préoccupé de l'audience de mes émissions. C'est une très mauvaise habitude. Comme ma première émission, Chorus, était diffusée entre Le Jour du Seigneur et Dimanche Martin. On était dans une case préservée dont tout le monde se foutait. Aucun directeur des programmes n'est venu me demander de quoi on parlait. Idem pour Les Enfants du rock. Il y avait un cahier ...

"Je ne me suis jamais préoccupé de l'audience de mes émissions. C'est une très mauvaise habitude. Comme ma première émission, Chorus, était diffusée entre Le Jour du Seigneur et Dimanche Martin. On était dans une case préservée dont tout le monde se foutait. Aucun directeur des programmes n'est venu me demander de quoi on parlait. Idem pour Les Enfants du rock. Il y avait un cahier des charges élaboré par Pierre Desgraupes, le PDG de l'époque, un ancien journaliste qui connaissait la télévision, une espèce qui s'est perdue. On était diffusé le jeudi puis le samedi en deuxième partie de soirée. À 22h30, si vous faites 5% d'audience, tout le monde est content. C'est à la fois pas beaucoup et beaucoup, parce que ça représente deux millions de gens susceptibles de regarder une émission de pop culture. Par la suite, la télévision a été plus exigeante sur les chiffres. Mais même à l'époque de Nulle part ailleurs, on nous demandait d'être une vitrine, de donner une image de la chaîne qui démarrait et de son esprit. Je n'ai jamais eu la mission de faire de l'audience. Sauf sur Le Grand Journal. Et c'est pour ça que je ne l'ai pas très bien vécu. Ce qui était amusant c'était de reprendre le format que Michel Denisot avait mis en place et d'essayer de le faire un peu bouger -format qui était proche de Nulle part ailleurs. Tout à coup, il y avait une contrainte parce que c'était devenu un enjeu de télévision et de revenus publicitaires. Plein d'autres nouvelles émissions venaient marcher sur nos plates-bandes. Il fallait donc être concurrentiel, avec un chemin de fer d'une rigueur métronomique et totalement étouffante. Une fois que vous avez parlé avec Henri Guaino, fait le petit quart d'heure politique pour arriver ensuite, après toutes les séquences, à ce qui m'amusait le plus, à savoir interviewer des artistes... C'était un 110 mètres haies permanent. Je suis content de l'avoir fait mais c'est bon."