Il a beau confesser être encore quelque peu sous l'effet du jetlag, Martin Landau n'en impose pas moins, du haut de son mètre 91, alors qu'on le retrouve, tiré à quatre épingles et l'oeil pétillant, dans une suite d'un palace londonien. A 84 ans, l'acteur, par ailleurs directeur artistique de la branche Ouest de l'Actors Studio, incarne plus d'un demi-siècle d'Histoire du cinéma, un parcours entamé à l'époque des studios et qu'il continue à décliner sur grands et petits écrans. Mankiewicz (Cleopatra), Sturges (The Hallelujah Trail), Hathaway (Nevada Smith), Coppola (Tucker), Allen (Crimes and Misdemeanors), sa filmographie n'est pas avare en noms ronflants, dont deux se distinguent: Alfred Hitchcock, qui le fit découvrir du grand public sous les traits de Leonard, l'acolyte de Phillip Vandamm (James Mason) dans l'imparable North by Northwest. Et Tim Burton, qui lui confia ce qui reste peut-être son pl...

Il a beau confesser être encore quelque peu sous l'effet du jetlag, Martin Landau n'en impose pas moins, du haut de son mètre 91, alors qu'on le retrouve, tiré à quatre épingles et l'oeil pétillant, dans une suite d'un palace londonien. A 84 ans, l'acteur, par ailleurs directeur artistique de la branche Ouest de l'Actors Studio, incarne plus d'un demi-siècle d'Histoire du cinéma, un parcours entamé à l'époque des studios et qu'il continue à décliner sur grands et petits écrans. Mankiewicz (Cleopatra), Sturges (The Hallelujah Trail), Hathaway (Nevada Smith), Coppola (Tucker), Allen (Crimes and Misdemeanors), sa filmographie n'est pas avare en noms ronflants, dont deux se distinguent: Alfred Hitchcock, qui le fit découvrir du grand public sous les traits de Leonard, l'acolyte de Phillip Vandamm (James Mason) dans l'imparable North by Northwest. Et Tim Burton, qui lui confia ce qui reste peut-être son plus beau rôle en la personne de Bela Lugosi, dans son formidable Ed Wood, avant de récidiver tout récemment en faisant appel à lui pour prêter sa voix à l'excentrique Mr Rzykruski, professeur de sciences dont les méthodes originales inspireront la folle aventure de Frankenweenie. Que l'on évoque l'un ou l'autre metteur en scène, et le regard du comédien s'éclaire. Ainsi, lorsqu'il revient sur les circonstances qui l'amenèrent sur le plateau de La mort aux trousses: "Hitchcock m'avait vu sur scène dans Middle of the Night, la pièce de Paddy Chayevski, où il n'y en avait que pour moi, et il m'a engagé pour un rôle qui en divergeait à 180°." En sus du flair, Hitch aura l'intelligence de laisser les coudées franches au jeune acteur: "J'ai vu ses story-boards, il m'a montré son film sur les murs de son bureau, mais il m'a autorisé à jouer. Et j'ai interprété Leonard différemment de ce que prévoyait le scénario: il était décrit comme un homme de main, je l'ai joué comme étant homosexuel, subtilement, à l'économie, cela me semblait approprié, vu son zèle à vouloir se débarrasser de Eva Marie Saint. James Mason, qui est devenu un ami, m'a dit que la question qu'on lui posait le plus souvent était de savoir si Vandamm était bisexuel. Il s'échinait à répondre par la négative, ajoutant: "C'est Landau qui a donné à le penser, et je ne peux rien y faire." Cela a affecté sa prestation, de façon non intentionnelle, et Hitchcock a aimé. Je n'ai pas beaucoup de temps d'écran dans ce film, mais on est conscient de la présence de Leonard. Je voulais créer un personnage qui soit dangereux sans devoir en faire trop, le genre de type avec qui on ne voudrait pas se retrouver dans une pièce." Ni ailleurs, le final, au Mont Rushmore, où Landau s'emploie à écraser consciencieusement la main de Cary Grant, suspendu dans le vide, restant un must de pure méchanceté cinématographique. Landau s'y entend, du reste, pour tirer un impact maximum d'un temps pourtant compté. Ainsi encore de son inoubliable Lugosi, qui disparaissait précocement de l'horizon de Ed Wood tout en laissant une impression indélébile -avec, d'ailleurs, un Oscar du meilleur second rôle à la clé. Ou, aujourd'hui, d'un Mr Rzykruski qui, en trois scènes à peine, donne une impulsion décisive à Frankenweenie, le film de ses retrouvailles avec Tim Burton. "J'ai adoré retravailler avec lui. Tim et moi, nous nous sommes tout de suite bien entendus. J'ai été cartooniste à mes débuts, et j'ai un sens visuel aiguisé moi aussi. Certains réalisateurs excellent à créer un terrain de jeu pour les acteurs, après quoi ils ouvrent la porte et vous n'avez plus qu'à jouer, et Tim et moi, nous nous comprenons à demi-mot." Et de relater l'expérience plus avant: "Tim m'a envoyé le scénario, et une photo du personnage qui ressemblait un peu à Vincent Price, et un peu à moi quand j'étais plus jeune. Le script disait encore qu'il était européen, tout en précisant la liste des pays dont il ne venait pas. De là l'idée d'un accent européen générique qui n'appartienne à personne. J'ai voulu en faire un enseignant passionné, dont je n'ai pu qu'imaginer le comportement singulier, puisque l'acteur doit renoncer à cet élément essentiel en animation. Et en découvrant le film, j'ai réalisé, stupéfait, qu'il correspondait exactement à l'image que je m'en étais fait. Je ne l'aurais pas joué autrement." Et de conclure: "Je l'apprécie, parce que c'est un grand professeur. Moi-même, j'ai eu la chance d'avoir de tels professeurs au moment de devenir acteur: Lee Strasberg ou Elia Kazan mettaient la barre très haut." La Méthode a fait ses preuves... RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À LONDRES