Rencontrer Werner Herzog ( Aguirre, Nosferatu...) est une expérience peu banale. Charmant, le réalisateur munichois n'est point avare de confidences, bien souvent à la (dé)mesure de son cinéma. Le genre à vous raconter, par exemple, son arrestation mouvementée en Thaïlande sur un ton égal; après tout, l'homme qui vous parle en a vu d'autres, de Klaus Kinski au grizzly, et on en passe -comme lorsqu'il entreprit de traverser une bonne partie de l'Europe à pied pour s'en aller visiter Lotte Eisner sur son lit d'hôpital à Paris. De quoi forcer le respect, naturellement, une part de mythomanie dut-elle se glisser dans ses propos qui composent un concentré en 10 commandements de la méthode Herzog.
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Rencontrer Werner Herzog ( Aguirre, Nosferatu...) est une expérience peu banale. Charmant, le réalisateur munichois n'est point avare de confidences, bien souvent à la (dé)mesure de son cinéma. Le genre à vous raconter, par exemple, son arrestation mouvementée en Thaïlande sur un ton égal; après tout, l'homme qui vous parle en a vu d'autres, de Klaus Kinski au grizzly, et on en passe -comme lorsqu'il entreprit de traverser une bonne partie de l'Europe à pied pour s'en aller visiter Lotte Eisner sur son lit d'hôpital à Paris. De quoi forcer le respect, naturellement, une part de mythomanie dut-elle se glisser dans ses propos qui composent un concentré en 10 commandements de la méthode Herzog. "J'ai tournéBad Lieutenant pour un budget inférieur de 2,6 millions de dollars à celui initialement prévu. C'est totalement inouï, à Hollywood, mon producteur voulait d'ailleurs m'épouser. J'ai fait près de 60 films, et j'ai toujours respecté mes budgets, arrivant même à diverses reprises à rester en dessous.""Je tourne très vite. En général, mes journées de tournage se terminent à 3 ou 4 heures de l'après-midi, je ne dépasse jamais les horaires. Je ne tourne que ce dont j'ai besoin, et parfois toute une séquence en une seule prise. Après quoi, on passe au décor suivant." "Le scénario avait été imaginé pour New York. La production m'a demandé de considérer un tournage à la Nouvelle-Orléans, en raison des incitants fiscaux. Cela ne pouvait mieux tomber: je souhaitais y tourner juste après que la ville eut été complètement détruite par Katrina, pendant cette période de décadence morale et d'effondrement de la civilité. C'était fascinant, une opportunité fantastique." "J'ai dit à Nicolas Cage que je l'amènerais là où il n'était jamais allé auparavant. A partir de ce moment, il était clair qu'il ne signerait pas si je ne réalisais pas le film, et vice versa. Cage est l'un des hommes les plus phénoménalement doués avec qui j'aie jamais travaillé. Kinski en était un, Christian Bale aussi. C'est un privilège rare de travailler avec les meilleurs parmi les meilleurs. En plus d'être un grand professionnel, Nicolas Cage est un formidable gentleman. Kinski était un grand professionnel, mais aussi une pestilence dépassant l'entendement. Et un danger, avec ça...""Eva Mendes a un rôle substantiel. Si le personnage principal n'est pas ancré dans un casting fort, il évolue dans un "no man's land". Que serait Humphrey Bogart sans Ingrid Bergman dans Casablanca ?"La production ne voulait pas d'Eva Mendes, ils considéraient qu'elle n'était pas assez connue, qu'elle n'avait pas tourné assez de films. Et je leur répétais avoir la conviction qu'elle serait parfaite dans ce contexte, qu'elle produirait l'étincelle voulue. Cinq mois après le tournage, lorsqu'elle a été élue femme la plus sexy de la planète, voilà qu'ils m'appellent se félicitant qu'on l'ait engagée. J'avais dû me battre pour l'imposer... " "J'aime filmer les animaux et leur donner des rôles significatifs dans mes films. Les iguanes n'étaient pas dans le scénario, mais j'avais le sentiment qu'il en fallait. J'ai d'ailleurs tenu à les filmer moi-même.""Sur les 11 derniers mois, j'ai fait ce film à la Nouvelle-Orléans, j'ai mis en scène Parsifal en Espagne, je suis allé en Ethiopie pour y tourner La Bohême, j'ai traduit un livre, j'ai travaillé au lancement de mon école de cinéma, après quoi j'ai enchaîné avec My Son, My Son, What Have ye Done, que j'ai tourné en 5 semaines à San Diego, au Pérou et en Asie centrale. Ensuite, je me suis rendu en Inde, dans un village désolé, écouter pendant 5 jours et 4 nuits l'histoire d'un homme, une incroyable saga couvrant plusieurs générations. Et me voilà enfin à Venise. Mais n'allez pas croire pour autant que je suis un workaholic... ""Il n'y a pas un mythe, il y en a 50 différents. Ce sont des doubles qui sont là, et c'est fort bien ainsi: je peux me cacher derrière eux."Rencontre Jean-François Pluijgers, à Venise