Souvent imité, jamais égalé: à l'instar du Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper, The Night of the Living Dead de George A. Romero fait partie des classiques du cinéma d'horreur contemporain, un film à l'impact inversement proportionnel à son budget dérisoire -quelque 114 000 dollars de 1968. Diverses raisons à cela, la première étant, sans doute, que Romero avait su tirer le meilleur parti de ces contraintes budgétaires pour signer un film en noir et blanc dont le réalisme quasi documentaire produit toujours son petit effet. Une autre étant que La Nuit des morts-vivants ne capitalisait pas exclusivement sur les zombies, mais aussi sur un air du temps volontiers contestataire. Autant dire qu'il y avait là la matrice dont on fait les £uvres et les réalisateurs cultes.
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Souvent imité, jamais égalé: à l'instar du Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper, The Night of the Living Dead de George A. Romero fait partie des classiques du cinéma d'horreur contemporain, un film à l'impact inversement proportionnel à son budget dérisoire -quelque 114 000 dollars de 1968. Diverses raisons à cela, la première étant, sans doute, que Romero avait su tirer le meilleur parti de ces contraintes budgétaires pour signer un film en noir et blanc dont le réalisme quasi documentaire produit toujours son petit effet. Une autre étant que La Nuit des morts-vivants ne capitalisait pas exclusivement sur les zombies, mais aussi sur un air du temps volontiers contestataire. Autant dire qu'il y avait là la matrice dont on fait les £uvres et les réalisateurs cultes. Quarante ans plus tard, on serait pourtant presque enclin à parler de malédiction des morts-vivants. C'est que Romero n'en a toujours pas fini avec les zombies, Survival of the Dead, qui sort ces jours-ci en DVD, constituant sa sixième incursion dans un territoire dont on pensait qu'il avait fait le tour. Une réalité dont le réalisateur s'accommode sans états d'âme apparents, comme il s'en ouvrait à la Mostra de Venise 2009, où cette honnête série B avait les honneurs de la compétition: "Je ne suis pas spécialement attiré par les films de zombies, mais ils sont devenus une plate-forme pour moi en même temps que ma franchise. Par ce canal, je peux émettre mes propres observations politiques et sociales, mes critiques aussi, alors que si j'essayais de faire des films sérieux sur ces mêmes sujets, je rencontrerais beaucoup plus de problèmes. C'est donc fort bien ainsi..." De son propre aveu, la dimension socio-politique de son £uvre repose, à l'origine, sur un malentendu. Sorti alors que la question de l'égalité des droits agitait les Etats-Unis, The Night of the Living Dead avait, dans son rôle principal, un acteur afro-américain, Duane Jones en l'occurrence. Mais là où les commentateurs virent un geste politique, Romero invoque pour sa part le hasard, ou quelque chose d'approchant: "Il se trouve simplement que Duane était le meilleur acteur dans notre entourage. Nous n'avons pas du tout voulu jouer des tensions raciales, même si nous en étions conscients. Parfois, la chance s'en mêle: la nuit où, mon producteur et moi, nous sommes partis montrer la première copie du film à des distributeurs potentiels à New York, Martin Luther King a été assassiné. En un clin d'£il, la seule idée queDuane soit Noir a donné beaucoup plus de poids au film." Et ce qui n'était jamais qu'une variation sur le I'm Legend de Richard Matheson de trouver une résonance insoupçonnée. L'écoute-t-on évoquer la genèse de la saga que le sentiment de bricolage l'emporte d'ailleurs. Ainsi du concept fondateur de morts-vivants mangeurs de chair humaine: "Je ne pouvais utiliser des vampires, Richard Matheson l'ayant fait, et je me suis demandé comment procéder. C'est alors que j'ai pensé à des morts revenant à la vie, et mangeant de la chair, plutôt que de boire du sang... " L'appellation de zombies viendra, pour sa part, plus tard, sous la plume de critiques, Romero l'adoptant dans un deuxième volet, Dawn of the Dead, qu'il n'avait même pas envisagé. "Dans mon esprit, il s'agissait d'un essai sans lendemain. Malgré les pressions, je n'avais pas l'intention d'en faire un second, jusqu'au moment où on a commencé à construire des centres commerciaux un peu partout -je me suis dit qu'il y avait là une idée à explorer." De fait, impossible de considérer encore un shopping mall d'un même £il au sortir de Dawn of the Dead, magistral film de zombies doublé d'une critique de la société de consommation -un projet monté avec l'aide de Dario Argento. La suite sera, malheureusement, plus anecdotique. Day of the Dead, en 1985, déçoit jusqu'au plus accros des Romero freaks. Et si Land of the Dead redresse, près de 20 ans plus tard, sensiblement la barre, bien aidé par un casting... de la mort (Dennis Hopper, John Leguizamo et Asia Argento, notamment), le soufflé retombe aussitôt avec Diary of the Dead. A ce dernier, Survival of the Dead emprunte certains de ses personnages, non sans lorgner ouvertement vers le western. "J'ai pensé à William Wyler, s'amuse Romero. Survival of the Dead est le Big Country des zombies." Comparaison n'est pas raison, cependant, même si 2 clans s'y disputent en effet quant à l'attitude à adopter face à la prolifération des morts-vivants, Romero veillant, par ailleurs, à laisser la suite de la saga en suspension. Le mort-vivant a la peau dure, en effet. Et le cinéaste de prendre congé en annonçant, l'air gourmand, avoir la matière à encore 2 retours au moins... Survival of the Dead, de George A. Romero. Avec Kathleen Munroe, Alan Van Sprang, Athena Karkanis. 1 h 30. Sortie: 19/10. Dist: Paradiso. Rencontre Jean-François Pluijgers, à Venise