Kathryn Bigelow et son formidable The Hurt Locker avaient remporté 6 Oscars l'an dernier, battant dans la course aux statuettes le non moins brillant Avatar de son "ex" James Cameron. Un film de guerre l'emportait sur un film de science-fiction, 2 genres hollywoodiens majeurs s'affrontant après avoir "cartonné" dans les salles. En remportant 4 Oscars, The King's Speech est le grand gagnant de 2011, mais sans opérer de razzia comme ...

Kathryn Bigelow et son formidable The Hurt Locker avaient remporté 6 Oscars l'an dernier, battant dans la course aux statuettes le non moins brillant Avatar de son "ex" James Cameron. Un film de guerre l'emportait sur un film de science-fiction, 2 genres hollywoodiens majeurs s'affrontant après avoir "cartonné" dans les salles. En remportant 4 Oscars, The King's Speech est le grand gagnant de 2011, mais sans opérer de razzia comme Slumdog Millionaire en avait faite en 2009 avec 8 récompenses, et -encore plus fort- Lord Of The Rings en 2004 avec 11 statuettes... sur 11 nominations! Le couronnement du roi bègue et de son principal interprète, l'épatant Colin Firth, valorise un cinéma de tradition, certes (le film anglais en costume est une veine aussi populaire qu'inépuisable), mais aussi atypique en regard d'une vaste majorité de la production anglo-saxonne. Black Swan (meilleure actrice pour Natalie Portman), The Fighter (meilleurs seconds rôles pour Melissa Leo et Christian Bale) et The Social Network (meilleur scénario adapté) sont également des films échappant à la norme américaine avec leurs sujets pointus et leurs budgets relativement modestes avec (respectivement) 13 millions, 25 millions et 40 millions de dollars. Dans ce contexte, les 160 millions de dollars dépensés pour Inception ont pu jouer contre le film remarquable de Christopher Nolan. "Small" était à coup sûr "beautiful", et "less" était assurément "more" cette année aux Oscars. Peut-on pour autant voir une tendance nouvelle dans un palmarès célébrant des films à la fois personnels et peu dépensiers? Pas vraiment, quand on se retourne vers les années précédentes. Car si The Departed de Scorsese, film de genre à stars et budget considérable, l'emporta en 2007, on vit triompher No Country For Old Men des Coen en 2008, Crash de Paul Haggis en 2006, et Million Dollar Baby de Clint Eastwood en 2005... Pas vraiment des blockbusters ni des spectacles à formule commerciale comme aiment en produire les studios! Hollywood nous a somme toute déjà habitués à cette dichotomie entre production dominante et Oscars plus pointus. Reste que d'un palmarès 2011 ne manquant pas de finesse, on ne regrettera que l'absence de True Grit, et un prix du meilleur réalisateur qui aurait dû revenir à Fincher plutôt qu'à Tom Hooper. Et qu'en y voyant tant de très bons films primés, on se prend à espérer que l'an prochain, les Oscars bégaient encore un peu ... l LOUIS DANVERS