Avec La Grande Pagaille, c'est d'un épisode tragique de l'Histoire italienne contemporaine que s'emparait Luigi Comencini au tournant des années 60. L'action se situe en septembre 1943 lorsque, les Américains venant de débarquer en Sicile, l'Italie fasciste signe un armistice, les Allemands se retournant aussitôt contre leurs anciens alliés. Circonstances confuses que...

Avec La Grande Pagaille, c'est d'un épisode tragique de l'Histoire italienne contemporaine que s'emparait Luigi Comencini au tournant des années 60. L'action se situe en septembre 1943 lorsque, les Américains venant de débarquer en Sicile, l'Italie fasciste signe un armistice, les Allemands se retournant aussitôt contre leurs anciens alliés. Circonstances confuses que quelques soldats, conduits par le sous-lieutenant Innocenzi (Alberto Sordi), vont tenter de mettre à profit pour rentrer chez eux incognito (le titre original est Tutti a casa). Et de s'empresser de troquer leurs uniformes pour des habits civils, entamant un périple mouvementé qui les conduira du nord au sud, de la Vénétie à Naples, dans un pays dévasté. Comencini était, au même titre que Mario Monicelli ou Dino Risi, l'un des auteurs-phares de la comédie à l'italienne. Débutant avec des accents comiques (renforcés par la présence de Sordi, brillant sous les traits d'un sous-off ahuri et servile), La Grande Pagaille vire à la tragédie à mesure que ces quelques hommes (il y a là notamment Serge Reggiani mais aussi Martin Balsam) sont confrontés aux atrocités de la guerre, croisant un train de déportés quand ils n'assistent pas, impuissants, à la traque d'une jeune femme juive par les nazis, tandis que la misère et la famine jettent la population sur les routes. Si l'influence du néoréalisme est palpable, le ton oscille avec bonheur entre rire et douleur, Comencini maintenant, par-delà les ruptures de ton, un cap sensible, l'humain en ligne de mire. Une oeuvre à redécouvrir, que complètent un intéressant documentaire sur la comédie à l'italienne de Totò à Roberto Begnini, ainsi qu'une remarquable analyse du film par René Marx, de L'Avant-Scène Cinéma.