En 1937, dans son pamphlet antisémite Bagatelles pour un massacre, Louis- Ferdinand Céline, dont on connaît le rapport ambivalent à l'égard du cinéma, consacre des pages d'une violence extrême à La Grande Illusion de Jean Renoir, sorti quelques mois plus tôt. Entre Céline et Renoir, pourtant, les rapprocheme...

En 1937, dans son pamphlet antisémite Bagatelles pour un massacre, Louis- Ferdinand Céline, dont on connaît le rapport ambivalent à l'égard du cinéma, consacre des pages d'une violence extrême à La Grande Illusion de Jean Renoir, sorti quelques mois plus tôt. Entre Céline et Renoir, pourtant, les rapprochements biographiques et stylistiques abondent. Mais leurs idées politiques divergent radicalement, le premier ne pardonnant notamment et bien sûr pas au second son gauchisme engagé le rapprochant du Parti communiste. Céline voit dans La Grande Illusion une entreprise de propagande juive et son rejet porte pour l'essentiel sur le personnage du serviable et généreux soldat en captivité joué par Marcel Dalio: le lieutenant Rosenthal. Dans La Grande Illusionde Céline, Jean Narboni, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, s'amuse ainsi à prendre, avec une véritable délectation caustique, l'auteur du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit en flagrant délit de défaut de vigilance. Aveuglé par sa haine bouffonne et outrancière du Juif, Céline passe en effet complètement à côté de son analyse du film de Renoir, ainsi que des personnages et des acteurs qui s'y trouvent. Partant de ce leurre de vérité où tel est pris qui croyait prendre, Narboni déroule, à la croisée de l'Histoire et du cinéma, un exemplaire petit précis du penser juste, en remettant à leur place quelques nauséabondes idées et pratiques du passé où résonnent d'inquiétantes dérives actuelles. Implacable.