Vera Dor n'est plus, emportant dans sa chute fatale les souvenirs d'une vie de paillettes d'ancienne diva de la chanson légère. Ses nièces se souviennent à peine de cette tante fantasque, ignorant complètement le parcours de celle qui a quitté sans se retourner le bled de son enfance e...

Vera Dor n'est plus, emportant dans sa chute fatale les souvenirs d'une vie de paillettes d'ancienne diva de la chanson légère. Ses nièces se souviennent à peine de cette tante fantasque, ignorant complètement le parcours de celle qui a quitté sans se retourner le bled de son enfance et un père violent. En vidant la garde-robe avec la fidèle confidente Anne-Marie, elles vont retracer les étapes méconnues de ce qui fut bien plus qu'une déambulation sautillante dans le showbiz. D'une robe trapèze à un gant en pécari, le vide-dressing s'effeuille comme on feuillette un album photo, les vêtements étant ici les survivants d'un parcours construit comme une revanche sur la vie. Après Apprendre à lire, premier roman sur la relation au père, le journaliste belge Sébastien Ministru évoque dans son récit une Dalida des corons, qui derrière la futilité de ses tubes, préservait du regard de tous ses assuétudes mais aussi sa générosité -philanthrope soutenant la cause des femmes- et son empathie -accompagnatrice jusqu'au lit de mort de son mari homosexuel, son amour ultime. Au "biopic" grandiloquent, l'auteur préfère une évocation délicate, sans grands effets mais avec l'intime conviction que les icônes (les inspirations foisonnent), aussi légères puissent-elles paraître, cachent souvent des épisodes de vie touchants. Dis-moi ce que tu portais, je te dirai qui tu étais.