Lové dans une cahute en pierre du pays, dans le Dorset, Size Five Games cultive un humour trash inversement proportionnel à la douceur des bocages et des moutons qui l'entourent. Ce studio indé britannique perpétue depuis douze ans la tradition des jeux de plateforme et des point & click façon LucasArts. Parti pour sauver le monde et soigner le cancer (sic), Lair of the Clockwork God mixe pour la première fois ces deux genres. Le tout, en explorant la psyché rétrogaming angoissée et cagneuse de ses développeurs. Gare aux tâches!
...

Lové dans une cahute en pierre du pays, dans le Dorset, Size Five Games cultive un humour trash inversement proportionnel à la douceur des bocages et des moutons qui l'entourent. Ce studio indé britannique perpétue depuis douze ans la tradition des jeux de plateforme et des point & click façon LucasArts. Parti pour sauver le monde et soigner le cancer (sic), Lair of the Clockwork God mixe pour la première fois ces deux genres. Le tout, en explorant la psyché rétrogaming angoissée et cagneuse de ses développeurs. Gare aux tâches! Arrêter une armée de robots dinosaures nazis emmenée par Hitler dans un point & click. Ou sensibiliser des ados aux maladies sexuellement transmissibles dans un shooter explorant des appareils génitaux. De Time Gentlemen, Please! à Privates, Dan Marshall et Ben Ward, les deux têtes pensantes de Size Five Games cavalent depuis douze ans comme des princes de l'absurdité made in UK. Le duo n'en livre pas moins des jeux qui font sens puisque leur Privates a été soutenu par la chaîne publique Channel 4 et récompensé d'un Bafta... Changement climatique, Brexit, questions de genre... Dan et Ben se mettent directement en scène dans Lair of the Clockwork God, où leurs vannes féroces font mouche. Mais le binôme excelle surtout lorsqu'il projette ses frustrations et ses doutes de vieux gamers. Tout y passe: du narcissisme de jeunes créateurs à la novlangue optimiste et très start-up de Tarquin en passant par des tics esthétiques (laser rouge, texture mauve indigo chiadé...), le peloton d'exécution crépite. Très, voire trop, référentiel, Size Five Games a toutefois le chic de mettre sa réaction de vieux con au service d'un gameplay novateur. Lost Vikings et The Cave de Ron Gilbert(1) sont invoqués. Observant le décor et combinant les objets improbables de son inventaire, Ben résout ainsi des énigmes bloquant sa progression. Le vieil ado refuse de lever le pied pour franchir une simple marche. Se déplaçant comme Super Mario Bros, Dan déplace de son côté des caisses, active des interrupteurs et accomplit mille autres tâches pour aider son bro à progresser. Les deux larrons que l'on incarne alternativement sur des tableaux 2D vus de profil activent donc un dialogue ludique complexe. Ben se retrouve ainsi à combiner la peau d'un monstre élastique avec une paire de bottes pour créer une combinaison dopant les capacités de saut de Dan. Si la logique et l'accessibilité des phases d'énigmes ne souffrent pas, les passages de plateformes restent hélas en retrait, faute de répondant. Les bonnes idées comme la gravité inversée n'y changent rien. Déballant une interface claire malgré la difficulté de son sujet, Lair of the Clockwork God prouve que l'on peut transformer une grogne en force créatrice. Un constat réjouissant en temps de confinement.