Révélée il y a une dizaine d'années par Tout est pardonné, le premier long métrage de Mia Hansen-Løve, Constance Rousseau s'est depuis imposée à pas feutrés dans le cinéma, tournant une demi-douzaine de longs métrages tout au plus. Manière aussi de se faire désirer, ce qui n'aura pas échappé à Kiyoshi Kurosawa, lequel en a fait sa "femme de la plaque argentique", titre original de son nouvel opus, Le Secret de la chambre noire. Elle y incarne Marie, la fille d'un photographe veuf vivant dans le souvenir de son épouse, et lui servant de modèle pour les daguerréotypes grandeur nature qu'il compose dans une fièvre morbide. Et la jeune comédienne d'imposer une présence justement évanescente -il s'agit après tout, on l'aura deviné, d'une histoire de fantômes.
...

Révélée il y a une dizaine d'années par Tout est pardonné, le premier long métrage de Mia Hansen-Løve, Constance Rousseau s'est depuis imposée à pas feutrés dans le cinéma, tournant une demi-douzaine de longs métrages tout au plus. Manière aussi de se faire désirer, ce qui n'aura pas échappé à Kiyoshi Kurosawa, lequel en a fait sa "femme de la plaque argentique", titre original de son nouvel opus, Le Secret de la chambre noire. Elle y incarne Marie, la fille d'un photographe veuf vivant dans le souvenir de son épouse, et lui servant de modèle pour les daguerréotypes grandeur nature qu'il compose dans une fièvre morbide. Et la jeune comédienne d'imposer une présence justement évanescente -il s'agit après tout, on l'aura deviné, d'une histoire de fantômes. Le cinéma, Constance Rousseau y est venue par hasard pour ainsi dire, alors qu'elle était encore lycéenne. "Je faisais du théâtre, mais comme toutes les jeunes filles bien élevées en font. Un jour, en allant au lycée, une jeune femme m'a abordeé dans la rue, et m'a proposé de passer des essais pour Tout est pardonné, commence-t-elle, alors qu'on la rencontre au festival de Gand, où elle accompagne le film de Kurosawa. Par politesse, j'ai pris sa carte, et le soir, j'en ai parlé à mes parents qui m'ont encouragée à y aller." Surmontant ses réticences -"cela me faisait très peur, jamais de ma vie je ne m'étais dit que je serais comé- dienne"-, l'adolescente se lance dans l'aventure. Ce qu'elle n'aura certes pas à regretter: "J'ai beaucoup appris avec Mia, qui est une directrice d'acteurs très intelligente et délicate. Et je me suis rendu compte qu'il n'y avait rien de plus amusant que de se trouver sur un plateau de cinéma."L'actrice ne débarquait pas totalement dans l'inconnu, ayant biberonné, aux côtés de ses parents, au Nouvel Hollywood, avant de s'ouvrir au cinéma français -elle confesse un penchant immodéré pour Rohmer. "Mia m'a permis d'affûter mon esprit critique, et m'a fait découvrir des choses. Très vite, j'ai eu le sentiment que le cinéma, ce n'était pas des blagues, et que je ne pouvais pas me permettre de faire des choses qui non seulement n'avaient pas de sens pour moi, mais qui ne s'inscrivaient pas dans une démarche artistique exigeante." Volonté que traduit éloquemment sa filmographie, qui la vit successivement tourner aux côtés de Vincent Macaigne dans Un monde sans femme, de Guillaume Brac; partager avec Brady Corbet l'affiche du Simon Killer d'Antonio Campos; tâter du cinéma belge avec L'Année prochaine, de VaniaLeturcq. Jusqu'à sa rencontre, programmée pour ainsi dire, avec un Kiyoshi Kurosawa, dont elle ne cache pas combien elle l'admirait. "J'avais fait de Mon effroyable histoire du cinéma, son recueil d'entretiens avec Makoto Shinozaki, mon livre de chevet. J'ai découvert beaucoup de films grâce à lui, parce qu'il y parle de son goût pour le cinéma d'horreur, que je partage. J'aime être complètement transportée dans un monde qui n'a rien à avoir avec le naturalisme ni le réalisme que j'apprécie dans le cinéma belge ou français, mais qui parfois ne suffit plus. Kaïro est un de mes films préférés. Rencontrer Kurosawa était un rêve." Et tourner avec lui un "honneur immense", complète-t-elle. Pour l'aider à construire son personnage, le réalisateur lui a confié penser que le rôle qu'il lui proposait n'existait pas au cinéma. Et de l'inviter à inventer quelque chose, "un état entre la vie et la mort où, en fait, on ne sait pas très bien qui vous êtes, ni votre nature". Canevas aux contours assez flous pour que l'actrice puisse s'y mouvoir à sa guise, composant une figure troublante. "Je me suis nourrie de films de fantômes, et j'ai beaucoup pensé à mon personnage féminin préféré, celui des Yeux sans visage, de Franju, qui est presque un fantôme. J'ai découvert par la suite que c'était l'un des films favoris de Kurosawa." Mieux qu'une coïncidence, une communauté d'esprit(s)...