Elle s'appelait Mary Jane Kelly, elle avait 25 ans. L'Histoire n'a retenu d'elle que le pire: son assassinat par Jack l'Éventreur -ce qui restait d'elle fut retrouvé sur son lit, dans la pièce misérable qui lui servait de lieu de vie et, parfois, de lieu de passe, dans le quartier de Whitechapel, au matin du 8 novembre 1889. Son coeur n'a jamais été retrouvé. Son histoire, à elle, Mary Jane Kelly, fut beaucoup plus rarement racontée, comme dans ce Mary Jane qui lui est entièrement dédié. Ainsi va la vie, les bourreaux ont toujo...

Elle s'appelait Mary Jane Kelly, elle avait 25 ans. L'Histoire n'a retenu d'elle que le pire: son assassinat par Jack l'Éventreur -ce qui restait d'elle fut retrouvé sur son lit, dans la pièce misérable qui lui servait de lieu de vie et, parfois, de lieu de passe, dans le quartier de Whitechapel, au matin du 8 novembre 1889. Son coeur n'a jamais été retrouvé. Son histoire, à elle, Mary Jane Kelly, fut beaucoup plus rarement racontée, comme dans ce Mary Jane qui lui est entièrement dédié. Ainsi va la vie, les bourreaux ont toujours été beaucoup plus fascinants que les victimes -il suffit de regarder la collection Serial Killers qui vient de sortir chez Glénat pour s'en rendre compte, avec comme premier titre et accroche Michel Fourniret. Tout un programme... Frank Le Gall, lui, ne voulait pas de ça: " Je voulais parler de ces femmes, ces victimes, en laissant dans l'ombre leur meurtrier, pour lequel je n'éprouvais, moi, ni fascination ni respect", comme il l'explique dans la postface de ce Mary Jane qu'il aura porté longtemps, mais finalement renoncé à dessiner. Il en a au contraire confié le dessin à un autre que lui, et d'une autre génération. Un destin rare pour un projet BD. " La société l'a voulu, le destin l'a fait." Telle est l'épitaphe que l'auteur de Théodore Poussin aurait aimé voir sur la tombe de Mary Jane Kelly, tant son récit rejoint celui de toutes les victimes de la misère sociale qui sévissait alors en Angleterre. Mariée à un mineur à l'âge de 18 ans, veuve à 19, Mary rejoignit très vite la cohorte des damnés de la terre, obligée comme les autres d'errer -" Et d'où on vient, peu importe. On vient de la misère, on vient de l'injustice et des coups de bâton"- avant de n'avoir plus que la prostitution pour survivre dans les bas-fonds de Londres -" Londres? Le centre du monde, la puissante, l'abondante cité façonnée par le génie de l'homme?Est-ce possible qu'un tel joyau s'accommode d'un écrin pareil, un écrin de crasse et de misère?" Sa fin horrible fut en réalité, nous dit Le Gall, à l'image de toute son existence: un chemin de croix et d'injustices, et qui compte plus d'un bourreau. Une tragédie pour laquelle son scénariste avait déjà encré quelques planches et crayonné bien d'autres, mais sans jamais en voir le bout. Sa rencontre avec le jeune Damien Cuvillier a enfin débloqué les choses, et a permis à cet hommage de voir le jour. S'il aurait peut-être eu plus de personnalité sous le crayon de Le Gall, ce Mary Jane s'avère d'une grande beauté, entre classicisme et semi-réalisme. Son héroïne en aurait sans doute été flattée.