"Jamais en 20 ans on ne s'est ennuyés ensemble, il s'est toujours passé quelque chose, il n'y a aucune sécurité, chaque concert reste un pari, de la première à la dernière seconde. Stéphane (Galland, batteur) et Hatzi (Michel Hatzigeorgiou, bassiste) jouent comme des gamins, tout le temps, cela permet de conserver la magie et la fraîcheur, une réflexologie permanente, un tac au tac quotidien." Saxophoniste et compositeur principal d'AKA Moon, Fabrizio Cassol parle de la musique comme d'une ferveur absolue, un vaudou athée, une étoile secrète de la Grande Ourse. On les rencontre au Kaai, théâtre flamand qui a la gueule sur le canal de Bruxelles. Le management -2 jeunes femmes néerlandophones- possède son bureau dans cette zone où cohabitent demandeurs d'asile du Petit Château et branchitude bruxelloise. No man's land syntaxique des années 2010 qui va bien à AKA Moon, baptisé jazz parce que personne n'a de terme moins fainéant. Stéphane: "Pour moi, jazz veut dire musique vivante qui s'imprègne de tout ce qu'il y a et s'exprime avec l'improvisation comme élément central." Michel: "Je peux te garantir qu'on a longtemps vu AKA Moon com...

"Jamais en 20 ans on ne s'est ennuyés ensemble, il s'est toujours passé quelque chose, il n'y a aucune sécurité, chaque concert reste un pari, de la première à la dernière seconde. Stéphane (Galland, batteur) et Hatzi (Michel Hatzigeorgiou, bassiste) jouent comme des gamins, tout le temps, cela permet de conserver la magie et la fraîcheur, une réflexologie permanente, un tac au tac quotidien." Saxophoniste et compositeur principal d'AKA Moon, Fabrizio Cassol parle de la musique comme d'une ferveur absolue, un vaudou athée, une étoile secrète de la Grande Ourse. On les rencontre au Kaai, théâtre flamand qui a la gueule sur le canal de Bruxelles. Le management -2 jeunes femmes néerlandophones- possède son bureau dans cette zone où cohabitent demandeurs d'asile du Petit Château et branchitude bruxelloise. No man's land syntaxique des années 2010 qui va bien à AKA Moon, baptisé jazz parce que personne n'a de terme moins fainéant. Stéphane: "Pour moi, jazz veut dire musique vivante qui s'imprègne de tout ce qu'il y a et s'exprime avec l'improvisation comme élément central." Michel: "Je peux te garantir qu'on a longtemps vu AKA Moon comme une bête noire. C'est comme "section rythmique", c'est un terme hiérarchique que je n'ai jamais aimé. Quand je faisais du bal, à 13 ans à Charleroi, il y avait le guitariste soliste et le guitariste rythmique, je trouvais cela dégradant. Stéphane n'est pas qu'un rythmicien, moi non plus j'espère." Comment en douter quand on scanne la discographie généreuse du trio, 17 albums en 20 ans. Si John Coltrane avait fait un enfant à (madame) Ravi Shankar, que le gamin, grandissant à Bamako, s'était ensuite pollinisé à Bruxelles en compagnie d'un fils d'ouvrier italien de Liège (Fabrizio) et d'un autre de Grec devenu mineur carolo (Hatzi), passant ensuite à la batterie-essoreuse de Galland, on l'aurait forcément appelé AKA Moon. Magma qui, au-delà de tous les discours circonstanciés sur les "forces de la nature", tient clairement du volcan laveux, du vent impétueux et des océans salés. Une musique dont la première règle est d'être indomptable et infinie. Ce programme assez gonflé débute à la fin des années 80 alors que les 3 protagonistes partagent un groupe -Nasa Na- avec le guitariste Pierre Van Dormael (frère de Jaco, mort en 2008). Accompagné de 2 autres comparses-musiciens, le futur trio part voir sur place la musique des Pygmées Aka de Centrafrique, qui les a complètement flashés. Hatzi: " J'avais emmené un petit ampli à piles, Stéphane avait seulement ses baguettes (...) et on s'est retrouvé chez un peuple qui vivait encore à l'ère du feu." Fabrizio: " Un peuple extraordinaire, encore vierge, qui est alors à la frontière de la disparition. Aujourd'hui, ce monde-là a basculé. Je vais régulièrement au Congo et je vois les dégâts, entre autres, de l'alcoolisme. Mais de ces Pygmées, on a reçu une bénédiction, une force." Cette impulsion s'engouffre dans une boulimique soif de jouer et d'apprendre. Après un concert à New York où le sang a -littéralement- coulé des mains de Stéphane sur sa batterie, Hatzi envoyant son ampli au pilon, Fabrizio pense qu'il faut dompter la sauvagerie, réguler le "feu de l'Afrique". " J'étais allé en Inde et j'avais compris que la musique de là-bas pourrait peut-être canaliser nos pulsions, on est donc partis à Bombay pour apprendre comment ne pas brûler de l'intérieur." S'installe une longue liaison carnatique avec les musiciens indiens, jamais interrompue, même si le futur immédiat 2012 revient au trio originel. " Je ne sais pas quel est l'équivalent d'âmes s£urs lorsqu'on est 3, avance Fabrizio, mais mis à part le tout premier album réalisé entre nous, le prochain disque va seulement être notre seconde expérience du genre: tous les autres avaient des invités. Là, c'est important de se retrouver avec Stéphane et Hatzi." Vu gentiment de l'extérieur, les 3 AKA, comme tous les musiciens "jazz", multiplient les projets. Les passer en revue serait fastidieux mais disons qu'Hatzi a longtemps joué avec Toots, puisé du rebetiko à ses racines grecques (1) ou encore tâté de ses fantasmes hendrixiens avec Puggy... Stéphane Galland, lui, a refusé beaucoup de propositions lucratives, choisissant un moment de tourner avec une gloire misanthrope (Joe Zawinul): le fils de Berchem-Sainte-Agathe, élevé à Huy par un père ingénieur à la Centrale nucléaire de Tihange, sortira bientôt le disque de son quintette présenté l'été dernier au Jazz Gaume. Quant à Cassol, il frôle le bottin de l'Internationale musicale: là, tout de suite, il sort chez Blue Note/EMI l'album Strange Fruit, digression magnifique qui embarque notamment Marie Daulne (des Zap) et l'invraisemblable Malienne Oumou Sangare. Avec laquelle le trio a déjà joué, en avril 2006 à La Monnaie notamment. Le nouvel album aux couleurs balkaniques -sortie prévue fin mars- précède un voyage en Bulgarie mi-avril où le trio rencontrera des musiciens locaux pour une autre péripétie grand-slave. Hatzi: " On est plus rapides que la politique, plus réactifs, mais pour que cela dure entre nous, il faut s'entretenir tous les jours, comme dans un couple. On est tous les 3 amoureux de la musique, elle nous guide, humainement. Et il faut avoir la foi: c'est aussi une question de fréquences." Stéphane de rajouter: " Parfois, il y a tellement de tension dans le monde que la seule issue, c'est la musique." AKA Moon remboursé par la Sécurité Sociale? On en reparle. l (1) IL PRÉSENTE LE 13 AVRIL, DANS LE CADRE DE BALKAN TRAFIK AU BOZAR, MICHEL HATZI AND REBETIKO PROJECT, WWW.1001VALISES.COM EN CONCERT AU BOTANIQUE LE 29 MARS, WWW.BOTANIQUE.BE ET EN TOURNÉE BELGE EN MARS-AVRIL, PARUTION D'UNE INTÉGRALE DISCOGRAPHIQUE À L'AUTOMNE, WWW.AKAMOON.COM TEXTE PHILIPPE CORNET