Le public indien a embrassé sans réserve le premier film de Ritesh Batra, assurant un succès commercial à une oeuvre par ailleurs applaudie par la critique et chouchoutée par les festivals internationaux avec des sélections pour Cannes, Toronto et Gand, entre autres. C'est dans la belle ville flandrienne que nous avons rencontré un jeune cinéaste comblé, dont le subtil The Lunchbox marie avec bonheur fine cuisine et sentiments profonds.
...

Le public indien a embrassé sans réserve le premier film de Ritesh Batra, assurant un succès commercial à une oeuvre par ailleurs applaudie par la critique et chouchoutée par les festivals internationaux avec des sélections pour Cannes, Toronto et Gand, entre autres. C'est dans la belle ville flandrienne que nous avons rencontré un jeune cinéaste comblé, dont le subtil The Lunchbox marie avec bonheur fine cuisine et sentiments profonds. "Le succès du film dans mon pays est une bénédiction pour moi, déclare Batra, car il prouve qu'il existe un marché, un large public potentiel pour une histoire très indienne, avec des personnages indiens, une extrême honnêteté vis-à-vis des détails, de la réalité, des lieux de l'action à Bombay. Les gens ne limitent désormais plus leur idée du cinéma au divertissement à grand spectacle de Bollywood. Ils veulent aller voir des films qui leur parlent d'eux-mêmes!" Le réalisateur n'en poursuit pas moins en affirmant sa "conviction profonde qu'au plus authentiquement local vous êtes, au plus vous pouvez devenir universel"... Pour lui, il est également important que "de nouvelles voix, s'exprimant hors du système tout puissant des studios indiens, puissent se faire entendre dans le monde, et montrer que notre cinéma ne se résume pas aux stars et aux méga-productions". Significatif de la prise de conscience d'une partie de l'establishment cinématographique local (1): d'importantes personnalités de Bollywood (le réalisateur Karan Johar en tête) ont soutenu The Lunchbox à sa sortie, "lui amenant du coup des spectateurs qui n'auraient pas, sans cela, manifesté d'intérêt pour un film à l'affiche de salles d'art et essai". Certes, d'aucuns ont émis des réserves, "notamment sur la lenteur du film", mais ceux qui l'ont aimé sont souvent retournés le voir plusieurs fois. "J'ai rencontré un jeune homme qui l'avait vu à sept reprises!", s'émerveille un cinéaste dont l'intérêt et même l'amour pour les gens s'expriment avec émotion dans son film. "Je n'ai pas vraiment choisi le sujet de mon film. C'est plutôt lui qui m'a choisi... ", explique Ritesh Batra. "J'essayais de faire un documentaire sur les très nombreux porteurs de boîtes à déjeuner qui amènent chaque midi leur repas aux travailleurs des bureaux, des chantiers. Certains m'ont raconté des histoires qu'ils avaient vécues ou dont ils avaient été témoins. Des bijoux de fiction potentielle, d'où j'ai tout à coup tiré cette idée d'interversion des destinataires qui engendre une relation entre un homme et une femme. Je ne l'aurais pas écrite qu'elle aurait cherché quelqu'un d'autre pour le faire..." Le documentaire fut abandonné. A sa place naquit The Lunchbox, touchant et savoureux récit d'une relation passant par la nourriture et dont les protagonistes ne se verront, peut-être, qu'après le générique final. Une construction précise comme un mécanisme d'horlogerie, une réalisation jouant fort joliment du hors-champ et un montage en parallèle impeccable en sont des atouts importants. Mais l'interprétation superbe l'est plus encore. Irrfan Khan fut dès le départ l'acteur espéré par Batra. Le public international connaît ce comédien subtil pour ses rôles dans Slumdog Millionaire, The Amazing Spider-Man et surtout The Life Of Pi. En Inde, c'est une vedette, qui a reçu le scénario du film via la production et a dit oui sans même que le jeune cinéaste doive le voir et le convaincre. Face à lui, la belle et secrète Nimrat Kaur, ex-modèle devenue actrice mais encore peu connue, est la révélation du film. "Les interprètes sont d'indispensables vaisseaux qui doivent résonner à l'unisson de ce que le film veut communiquer, faire ressentir", commente un Ritesh Batra dont la direction très sobre, la manière de retenir l'émotion, évoquent modestement la manière des grands ancêtres nippons Ozu et Naruse. "La clé de tout, c'est de justifier chaque idée de mise en scène par sa fidélité à l'histoire, et aux personnages, conclut le jeune réalisateur indien. La plus brillante inspiration visuelle déforcera votre film si elle n'en respecte pas la justesse humaine et narrative." (1) L'INDE A LA PLUS GRANDE PRODUCTION AU MONDE, DEVANT LES ÉTATS-UNIS, EN TERMES DE FILMS PRODUITS, AVEC PLUS D'UN MILLIER DE LONGS MÉTRAGES PAR AN! RENCONTRE Louis Danvers