" Mon autre problème, c'était que j'étais en train de tomber amoureux de ma meilleure amie, Gretchen, que le reste du monde considérait comme grosse, en tout cas, c'est ce que je pensais. " Ainsi commence, par une double surprise, le troisième roman de Joe Meno à nous parvenir en français dans le désordre, après Le Blues d...

" Mon autre problème, c'était que j'étais en train de tomber amoureux de ma meilleure amie, Gretchen, que le reste du monde considérait comme grosse, en tout cas, c'est ce que je pensais. " Ainsi commence, par une double surprise, le troisième roman de Joe Meno à nous parvenir en français dans le désordre, après Le Blues de la Harpie et Prodiges et Miracles. La première, c'est qu'il faudra attendre un peu pour connaître le problème de Brian, l'ado ex-loser qui se rêve star du punk rock, et narrateur de ce récit très générationnel (des années 80 et 90 entre punk et grunge); la seconde, c'est que La Crête des damnés ne ressemble en rien aux autres romans de Joe Meno! Si ces derniers tenaient du polar, l'auteur s'essaie cette fois, toujours avec brio, au pur roman d'initiation, qui lorgne cette fois tant vers Salinger que The Clash! On connaissait et appréciait son écriture poétique et langoureuse, on lui découvre une verve pleine de drôlerie, de rock'n'roll et de logorrhée adolescente, et un amour improbable pour les Guns & Roses, les Smiths et les séries B pleines de femmes à poil. Mais surprise ne rime en rien avec déception, tant le bonhomme a du talent pour raconter une année, évidemment charnière, dans la vie d'un ado blanc de la classe moyenne américaine. Le seul écueil, c'est qu'il nous arrive tard: quinze ans après avoir été écrit, et presque 30 après l'année explorée par cette Crête, au plus près de la vie de son personnage qui sans doute lui ressemble, né à la charnière des générations X et Y.