Isabelle Detournay fait partie de ces photographes qui ne prennent pas leur sujet à la légère. En témoigne cette Classe A008, qui relate une immersion de quatre ans au coeur du quotidien d'une école professionnelle, celle des Arts et Métiers de la Ville de Bruxelles. Pas d'effets spectaculaires au programme mais un processus de compréhension sur fond de respect. Les images balayent également l'attrape-mouche socio...

Isabelle Detournay fait partie de ces photographes qui ne prennent pas leur sujet à la légère. En témoigne cette Classe A008, qui relate une immersion de quatre ans au coeur du quotidien d'une école professionnelle, celle des Arts et Métiers de la Ville de Bruxelles. Pas d'effets spectaculaires au programme mais un processus de compréhension sur fond de respect. Les images balayent également l'attrape-mouche sociologique: il n'est pas question ici d'illustrer Pierre Bourdieu et ses thèses sur la perpétuation des inégalités sociales. Pas plus qu'il s'agit de montrer que peu d'élèves effectuent de plein gré le choix de cette filière -la plupart du temps il s'agit d'un pis-aller... Ce dont il faut se garder de tirer des conclusions hâtives. Tant mieux, cela a déjà été trop vu. Que reste-t-il dès lors? L'os de cette rencontre entre l'homme -il est question de virilité et de testostérone- et les objets techniques. L'univers que dévoile Detournay est le même que celui du Fils, imparable plongée en atelier que l'on doit aux Dardenne brothers. Avec le bleu Denim des tenues de travail pour fil rouge, c'est un kaléidoscope fascinant que le visiteur découvre au sous-sol de la Cité Fontainas. Les clichés magnétisent, leur apparente simplicité invite à prolonger la contemplation. On s'étonne des convergences, des lignes de force, des compositions qui feraient une matière picturale de premier choix -on pense en particulier à cet apprenti couché sous un châssis rouillé. L'humain, dans toute sa pesanteur et épaisseur, transpire à grosses gouttes. Figure marquante de ce paradigme, un jeune homme a la tête posée sur un radiateur. Le spectre de la fatigue et celui de la froideur des environnements mécaniques convergent en son attitude. Il y a aussi ce dramatique chiffon rouge entouré d'un racagnac -rien que le nom...- et d'une pince. Posé au sol, cet agencement dit toute l'étrangeté de ces prothèses que l'on appelle "outils". Et nous invite à en prendre la mesure.