Une constante dans l'Histoire contemporaine mouvementée est que le degré de libération de la parole est proportionnel à l'éloignement physique et temporel séparant le témoignage du fait décrit. N'échappant pas à cette règle, le récit que fait GiedRé de sa Lituanie natale -période soviétique- est plus nuancé à présent que la guerre froide est terminée. Il n'en reste pas moi...

Une constante dans l'Histoire contemporaine mouvementée est que le degré de libération de la parole est proportionnel à l'éloignement physique et temporel séparant le témoignage du fait décrit. N'échappant pas à cette règle, le récit que fait GiedRé de sa Lituanie natale -période soviétique- est plus nuancé à présent que la guerre froide est terminée. Il n'en reste pas moins glaçant. Mais c'est sans compter l'humour pince-sans-rire de la Lituanienne. Ça commence comme un conte de fées et se fissure très vite, vu la réalité du terrain. Dans les années 50, la Lituanie, alors république de l'URSS, proposait beaucoup de choses gratuites. On encourageait les enfants à faire du sport, de la musique ou de la danse: il suffisait de s'inscrire, de devenir vraiment fort et de montrer au reste de monde que cette nation était la meilleure. Si on vous posait la question, c'est en tout cas ce qu'il fallait répondre, sinon c'était le goulag. À travers sa principale source d'informations maternelle-GiedRé a quitté son pays natal en 1992 à l'âge de sept ans-, l'autrice nous décrit la (sur)vie quotidienne d'une famille moyenne: les files d'attente pour on-ne-sait-pas-trop-quoi -mais si les gens sont là c'est que ça doit valoir la peine-, le tiraillement entre un frère frondeur et un futur mari proche du pouvoir et de ses avantages, la découverte du chewing-gum que l'on se refile après l'avoir mâché quelques secondes ou la première banane, meilleure quand elle est épluchée. Pour sa première incursion réussie dans la BD, l'autrice-compositrice-interprète de chansons faussement naïves et engagées dans la lutte des femmes se trouve ici une voix plus douce malgré l'humour noir qui plane au-dessus de l'ensemble du récit. Le dessin coloré d'Holly R accentue délicieusement le décalage entre représentation et réalité.