Cette semaine à Bruxelles, c'était la Brafa: 122 galeries d'art de Belgique et du monde réunies au Brussels Antiques & Fine Arts Fair de Tour & Taxis, dans une toute autre ambiance que celle de Couleur Café. Ici, les soirs de VIP, la crise et la dette de l'Etat semblent d'amusantes anecdotes. C'est en fait tout le marché de l'art qui se réunit pour dénicher un vase antique, un meuble Louis XV ou la dernière installation d'un plasticien chilien. Mais aussi pour y renifler le bon placement, la tendance qui monte ou les artistes bien cotés. Un marché. Dans lequel, cette année, 2 galeries bruxelloises dédiées aux artistes de bande dessinée semblent avoir définitivement trouvé leur place: les galeries Champaka et Petits Papiers rivalisaient avec les autres exposants (et entre elles) en termes de prestige et de prix -rien en dessous de 4 chiffre...

Cette semaine à Bruxelles, c'était la Brafa: 122 galeries d'art de Belgique et du monde réunies au Brussels Antiques & Fine Arts Fair de Tour & Taxis, dans une toute autre ambiance que celle de Couleur Café. Ici, les soirs de VIP, la crise et la dette de l'Etat semblent d'amusantes anecdotes. C'est en fait tout le marché de l'art qui se réunit pour dénicher un vase antique, un meuble Louis XV ou la dernière installation d'un plasticien chilien. Mais aussi pour y renifler le bon placement, la tendance qui monte ou les artistes bien cotés. Un marché. Dans lequel, cette année, 2 galeries bruxelloises dédiées aux artistes de bande dessinée semblent avoir définitivement trouvé leur place: les galeries Champaka et Petits Papiers rivalisaient avec les autres exposants (et entre elles) en termes de prestige et de prix -rien en dessous de 4 chiffres. Surtout, le visiteur lambda pouvait avoir du mal à distinguer la différence entre "un dessin" de Loustal et "un tableau" contemporain installé à côté. Il n'y a -presque- plus de distinction dans l'£il du visiteur et du marché. Et c'est une révolution. " Nous sommes encore dans un champ d'exploration. D'un côté, il y a le terrain vague où tout était possible, où il s'agissait surtout de s'amuser entre copains, entame Frank Pé, le père de Broussaille, mais aussi artiste apprécié pour ses "techniques mixtes sur papier", toiles grands formats, déjà vendues. Franquin, c'était ça, à 100 %: surtout ne pas se prendre au sérieux. Se voir d'abord comme des raconteurs d'histoires. Mais de l'autre, il y a les expositions, les galeries qui se développent, ce marché qui s'est mis à exister, et cette question que l'on me pose tout le temps, ici, à la Brafa: "Quel est ce nouveau rapport entre art contemporain et bande dessinée?" Nous sommes vraiment entre les 2 aujourd'hui. Ça va devenir plus sérieux, plus pro, mais la maturation est là." Il y a 5 ans, il était encore impensable de voir des galeries BD dans les travées de la Brafa. Depuis toujours, le marché de la bande dessinée se cantonnait à son monde, aux planches originales et à une demande limitée aux collectionneurs acharnés, attachés à leur souvenir de lectures. Et on parlait, lèvres pincées, de marchands, pas de galeristes, même si certains se sont imposés comme des incontournables -Daniel Maghen à Paris, Petits Papiers à Bruxelles. Mais tout s'est accéléré quand les 1res grandes ventes publiques d'originaux d'Hergé à Bruxelles, mais surtout à Paris, ont commencé à flamber. La cote d'autres pionniers a suivi. L'art de la bande dessinée a commencé à s'exposer en dehors de ses cénacles. Les planches originales s'exposent plus que jamais, mais une approche plus directement picturale commence à s'affirmer dans une discipline jusqu'ici surtout considérée comme narrative. Du pain bénit pour un art contemporain en manque de fraîcheur. Et pour les galeristes qui osent enfin le grand saut. " Pour percer sur ce segment, j'ai adopté une démarche simple, explique ainsi Eric Verhoest, le patron de la galerie Champaka, qui a fait le pari il y a 3 ans de s'installer dans le saint des saints, le quartier du Sablon. On vend plus cher, on présente mieux, on imprime mieux. On fait de l'épicerie fine. Etre au Sablon, à la Brafa, pour montrer la BD là où on ne la montrait pas. Le regard du marché de l'art a changé. Avant, on tournait autour de quelques noms, les classiques. Mais les stands contenant 80 % d'Hergé, ils ne sont déjà plus là." Et de fait, il y a dans sa galerie, et sur son stand, surtout de £uvres originales, sans lien avec des planches. Et des artistes comme Joost Swarte, Ever Meulen, Frank, Avril ou Loustal qui le suivent depuis le début. Cinquante mètres plus loin, dans l'espace de Petits Papiers, derrière un triptyque de Geluck, déjà vendu, à 60 000 euros, on trouve encore d'autres noms mais surtout, là aussi, des £uvres plus proches des tableaux que des cases. Au point qu'à son tour la galerie Petits Papiers commence à voir (très) grand: après avoir ouvert il y a 2 ans un espace à Paris, elle quittera en mars sa bouquinerie de la place Fontainas, pour un nouvel espace... place du Sablon. En exposant en même temps des artistes issus de la BD et de l'art contemporain... TEXTE OLIVIER VAN VAERENBERGH