Les chiffres font rêver (ou cauchemarder ceux qui en sont encore loin): 75 000 pour Franquin, 34 000 pour Manara, 14 000 pour Cuvelier, 10 000 pour Berthet ou Comès, avec un record à 243 000 pour Hergé et son Sceptre d'Ottokar: on ne cite pas ici des chiffres de ventes de leurs albums, mais bien les prix que certaines de leurs planches ou dessins originaux ont atteints lors de la dernière vente aux enchères organisée en décembre dernier par Millon. Un hôtel de vente parisien qui a ouvert une succursale axée uniquement bande dessinée à Bruxelles, pour une vente organisée ...

Les chiffres font rêver (ou cauchemarder ceux qui en sont encore loin): 75 000 pour Franquin, 34 000 pour Manara, 14 000 pour Cuvelier, 10 000 pour Berthet ou Comès, avec un record à 243 000 pour Hergé et son Sceptre d'Ottokar: on ne cite pas ici des chiffres de ventes de leurs albums, mais bien les prix que certaines de leurs planches ou dessins originaux ont atteints lors de la dernière vente aux enchères organisée en décembre dernier par Millon. Un hôtel de vente parisien qui a ouvert une succursale axée uniquement bande dessinée à Bruxelles, pour une vente organisée en même temps et en duplex dans les deux capitales: l'événement et les chiffres sont à eux seuls révélateurs de la place prise peu à peu dans le monde de l'art par le marché secondaire de la bande dessinée (hors ventes d'albums). Une place désormais largement occupée par Bruxelles, via un large réseau de galeries d'expositions, d'hôtels de vente et d'initiatives publiques. Ce marché de la BD était encore largement inexistant il y a une décennie, les galeristes étant alors considérés comme des marchands de planches, se réservant une petite niche de passionnés. Depuis, les contextes culturels et économiques ont bouleversé la donne: la bande dessinée "historique" a atteint une reconnaissance artistique large, d'un point de vue pictural autant que narratif; les auteurs ont vu les tirages de leurs albums fondre comme neige au soleil, et avec eux leurs droits d'auteur et leurs revenus; le marché de l'art, lui, en plein essor, s'est cherché de nouvelles perspectives (et de nouveaux placements) qu'il a trouvées en partie dans les arts de la bande dessinée et autres arts dits ludiques (animation, jeu vidéo, etc.). Un cocktail dans lequel les autorités bruxelloises ont semble-t-il mis ce qu'il faut d'initiatives publiques pour (re)faire de Bruxelles une place incontournable: Fête annuelle de la BD, fresques, musée de la BD, Comics Café, magasins Schtroumpfs ou Tintin, musée de la figurine... Bruxelles regorge désormais de lieux et d'événements axés BD, au point d'en faire un véritable pôle d'attraction touristique: les sculptures de glace qui font actuellement l'événement sur la place Royale ("Brussels Ice Magic") représentent ainsi, toutes, des personnages de BD, franco-belges ou internationaux. Ventes aux enchères et galeries d'expositions BD se sont donc multipliées sur Bruxelles (voir encadrés) en très peu de temps. Et toutes ont fait de l'axe Bruxelles-Paris un vecteur important de développement: les galeries bruxelloises ouvrent désormais des espaces à Paris, quand ce ne sont pas des galeries parisiennes qui s'associent à des Bruxellois pour ouvrir de nouveaux espaces belges. Gare pourtant à la surchauffe: l'offre dépasse désormais la demande, qui doit suivre le mouvement. Faute de quoi la bulle, fameuse en BD, pourrait devenir spéculative. TEXTE Olivier Van Vaerenbergh