" Mon nom est Nick Carter, je suis détective. J'ai combattu les pires criminels du monde (...). Je suis très ami avec certains peintres et poètes du groupe surréaliste." Ainsi commence cette " enquête surréaliste" que David B. va faire vivre au " grand détective américain" Nick Carter. Cette star des dime novels (romans illustrés et feuilletonesques à deux sous) est apparue à la fin du XIXe siècle sous la plume de John R. Coryell, puis reprise par d'innombrables auteurs sur différents supports (nouvelles, mais aussi théâtre, radio et cin...

" Mon nom est Nick Carter, je suis détective. J'ai combattu les pires criminels du monde (...). Je suis très ami avec certains peintres et poètes du groupe surréaliste." Ainsi commence cette " enquête surréaliste" que David B. va faire vivre au " grand détective américain" Nick Carter. Cette star des dime novels (romans illustrés et feuilletonesques à deux sous) est apparue à la fin du XIXe siècle sous la plume de John R. Coryell, puis reprise par d'innombrables auteurs sur différents supports (nouvelles, mais aussi théâtre, radio et cinéma), toujours dans une ambiance fantastico-criminelle qui préfigurait Sherlock Holmes et son meilleur ennemi, le Professeur Moriarty -chez Nick Carter, le génie du mal et " maniaque homicide" se nomme le Docteur Quartz. Le duo eut droit à son adaptation française dès 1907, pour le plus grand plaisir des surréalistes, quinze ans avant qu'André Breton leur donne ce nom dans son fameux Manifeste. Des surréalistes, porteurs d'imaginaire, de merveilleux et d'inconscient, eux-mêmes fascinés par la culture populaire et la littérature de gare, au point d'eux-mêmes tourner longtemps autour d'une possible adaptation de Nick Carter en radio ou en pièce de théâtre, mais qui n'aboutira jamais. David B. a donc eu l'idée et l'envie d'associer ce personnage de fiction à l'authentique André Breton " au coeur d'une enquête surréalistico-feuilletonesque où s'entremêlent leurs deux univers". Comme le nom de cet ovni l'indique, André Breton y confie une mission à Nick Carter: retrouver " l'or du temps", " cette chose indicible qui faisait l'âme du surréalisme". Fidèle à la réalité historique pour mieux la détourner, David B. entame son récit et son enquête en 1927, quand André Breton, fondateur du mouvement, n'est pas au mieux de sa forme: sa femme l'a quitté, ses compagnons sont partis ou ont été exclus, et le poète a perdu son mojo, ou son " or du temps". Le Nick Carter de David B. va donc parcourir le temps et l'espace, multiplier les rencontres avec des personnages réels ou tortueux (savants fous, femmes fatales, créatures fantasmagoriques) pour tenter de remettre la main dessus, le tout dans des décors -et des dessins- effectivement fantastiques. Sa mécanique de narration fleure bon la nostalgie: 50 cases grand format, toutes superbes, toutes accompagnées d'un bref texte placé sous l'image, toutes surréalistes et toutes dans un noir et blanc magistral, proche de la carte à gratter. Le cofondateur de L'Association, il y a 30 ans, remet ainsi la culture populaire sur le courant alternatif... Et renoue donc avec l'esprit de ses modèles. Bien joué David B.