Pour le photographe indien Raghu Rai, l'intensité et la puissance d'une image naissent dans le silence de l'observation. "Il faut avoir l'oeil froid et le coeur chaud" aimait d'ailleurs à lui dire Henri Cartier-Bresson, qui l'a adoubé et fait entrer à la pr...

Pour le photographe indien Raghu Rai, l'intensité et la puissance d'une image naissent dans le silence de l'observation. "Il faut avoir l'oeil froid et le coeur chaud" aimait d'ailleurs à lui dire Henri Cartier-Bresson, qui l'a adoubé et fait entrer à la prestigieuse agence Magnum. Entre intimité et hagiographie, sa fille Avani offre un regard saisissant sur ce photographe qui a été célébré notamment par son travail sur la tragédie de Bhopal, en 1984 (l'explosion d'une usine de pesticide qui entraina la mort de près de 25 000 victimes). Il a immortalisé l'ascension et la chute d'Indira Gandhi, la guerre au Bangladesh en 1971, le Dalaï Lama, l'Himalaya. En filigrane, c'est une Inde traversée d'antagonismes, de drames, une histoire de violences et de spiritualités qui se dessinent à l'écran. Ce portrait du maître qui ne se sépare jamais de son appareil photo franchit les frontières de l'intimité et dévoile le lien indéfectible qui unit un père et sa fille, secoué de conflits mais tenu par un sens mutuel de la responsabilité. Dommage que ces aspects un peu trop voyeurs et vains, au regard de la réalité -dure pour les plus faibles- capturée par l'oeil du photographe, viennent donner une note dérisoire à ce testament d'une grande délicatesse.